SCENE V
Les Mêmes, DAUBERVILLE, BEAUMOM; puis BÉMOND.
DArBERTILLE.
J'étais certain de vous retrouver ici.
BEACMO>T.
Les demoiselles ont toujours tant de choses à se dire!...
DAUBERVILLE.
Qu'elles s'oublient volontiers dans leurs causeries. {A Gabrielle.) -Ma sœur est venue.
GABRIELLE
En vérité ?
DACBERVILLE.
Elle se trouve beaucoup mieux... Beaumont s'inquiétait à tort. {A Marie.) Mademoiselle, veuillez accepter mon bras.
Vallier, M™* Lambert et Re'mond se sont montre's causant dans le fond. Re'mond les quitte tout-à-coup et s'approclie de Dauberville au moment où celui-ci va prendre le bras de Marie. Vallier et M""* Lambert disparaissent.
RÉ3I0ND, à Daiiberville.
Pardon, monsieur, si je vous retiens quelques instans ; mais plus tard, au milieu des soins dont vous serez occupé, quand la foule se pressera dans vos salons, il me sera peut-être difficile de TOUS rejoindre, et je voudrais auparavant vous exprimer. . .
GABRIELLE, à part.
Nous y voilà... {A Marie.) Dis donc à ton frère que c'est inutile.
RÉMOND
Je suis destiné à tout devoir à votre généreuse protection. Croyez, monsieur, que la reconnaissance que je vous ai vouée ne se démentira jamais.
DArSERVILLE.
Monsieur, je n'en doute pas... mais je désirerais savoir à quelle occasion...
RÉMO-D.
Ah! monsieur, je vous en supplie... souffrez au moins que je puisse vous témoigner librement à quel point je suis pénétré de vos bontés.
DAUBERVILLE.
Permettez... je n'ai pas l'intention... seulement, je vous confesse...
RÉM0>"D, lui présentant un papier.
Voici un titre, monsieur, que je vous prie d'accepter.
DAtBERVILLE.
Comment ?
REMOD.
C'est la garantie des cinq mille francs que vous avez eu la bonté...
BEAUM0>'T, vivement.
Pardon, mon oncle... je suis désolé de vous interrompre; mais vous ne pouvez pas vous faire attendre davantage.
GABRIELLE
Sans doute.
RÉMOJiD.
Vous devez croire, monsieur, que je n'ai pu considérer ceci que comme un prêt.
DAUBERVILLE.
J'entends bien... Seulement, je vous avoue que je ne comprends pas un mot à ce que vous me dites. BEAU.MONT, avec impatience. Mon oncle!...
RÉMOXD.
C'est mademoiselle elle-même...
BEAUMONT
Qui aura rendu ce petit service.
DAUBERVILLE. ^
Quel service? je n'y suis pas du tout: cinq mille francs sur ses économies sans doute?
GABRIELLE, bus à Beaumont.
Voyez-vous! ce n'est pas vraisemblable ce que vous avez trouvé là; mon père sait trop bien que je n'en ai jamais.
DAUBERVILLE , H Piimond.
Encore une fois, monsieur, je n'y comprends exactement rien, et vous concevez que n'ayant aucun droit au titre que vous voulez que j'accepte...
RÉMO'D.
Souffrez...
DAUBERVILLE.
Il m'est impossible...
GABRIELLE
Allons , prenez-le, mon cousin , puisque monsieur y tient absolument.
DAUBERVILLE.
Comment ?
RÉMOD.
Cest à monsieur?
BEAUMONT
Je vous assure que je suis complètement étranger... je ne sais ce que ma cousine veut dire.
GABRIELLE
Ah ! j'en suis fâchée, mais il faut bien tout avouer : j'avais appris de Marie la situation dans laquelle M. Rémond se trouvait. Il y a deux jours, je racontais devant mon cousin comment le frère d'une de mes bonnes amies de pension allait peut-être se voir retardé dans sa carrière faute de cinq mille francs. Mon intention était de m'adresser à vous, mon père. Mon cousin me quitta comme d'habitude, et hier je reçus sous enveloppe cinq billets de mille francs... Aousn'étiez pas ici, mon père, le temps pressait... je les ai envoyés... et je n'ai pu vous en parler aujourd'hui, parce que je ne vous ai pas vu de la journée;
voilà tout.
RÉ-iiOND, allant à Beaumont.
Monsieur... un pareil procédé... j'ignorais... je ne sais si je peux recevoir...
MARIE REMOND
BEAUMONT
Monsieur, rien jusqu'ici ne prouve que ce soit à moi que vous deviez ce faible service ; mais, en le supposant, j'aurais été heureux de vous le rendre.
RÉMOXD.
Sans me connaître ?
BEArMONT.
Et doublement heureux maintenant de vous l'avoir rendu.
RÉMO'D.
Ah ! monsieur !
D ALBERVILLE.
Allons donc ! cela s'explique à présent... C'est très-bien, Alfred.