MARIE, VALLIER
MARIE, soulevant la tète après un lonrj silence. Et c'est là leur justice!
VALLIER , qui jusque là était resté dans la même altitude qu'il u gardée pendant la scène précédente.
Vous trouvez le monde bien cruel, n'est-ce pas,
mademoiselle? bien infâme? et cependant vous ne
le connaissez pas encore.
MARIE
Oui, on me fuit, moi! on me repousse!
VALLIER
Votre frère vous reste, et avec lui un ami que vous n'avez pas appelé, mais qui est venu.
MARIE
Monsieur!
VALLIER
Je sens la contrainte que ma présence vous impose : vous retenez devant moi les larmes dont votre cœur est plein... J'en souffre: mais il faut que je vous parle, mademoiselle. [Se tournant vers le cabinet.) N'ai-je pas entendu...?
MARIE
Quoi donc?
VALLIER
Là-dedans, comme le bruit d'une porte qu'on aurait ouverte. Vous êtes sûre...?
MARIE
Edouard est sorti, il n'y a personne.
VALLIER
Eh bien! c'est cela... j'ai besoin de vous parler, à vous seule. J'ai tout compris tout-à-l'heure, car ces bruits odieux étaient venus jusqu'à moi ; je ne m'attendais pas seulement que vous en seriez si cruellement instruite. Votre douleur est affreuse; elle est légitime... pourquoi la retenir?... Pleurez, pleurez, mademoiselle , pendant que nous sommes seuls; car vous ne le pourrez pas toujours... car il est un homme devant lequel vos larmes doivent s'arrêter, votre bouche doit sourire; et cet hooime, c'est votre frère... II ne sait rien, lui, il ne soupçonne rien.. .Oh! prenez garde !
SIARIE.
Mon pauvre frère !
VALLIER
Songez à son désespoir s'il se doutait jamais qu'on a voulu (lélrir le nom de sa sœur; s'il ap- [irenail ce que la calomnie a osé dire... MARIE, pleurant.
La calomnie...
MAGASIN THEATRAL
YALLIER, Vinlerrompanl vivement.
La calomnie, mademoiselle... [Avec force.)0\i\, c'est une calomnie. La lui cacher est un devoir pour vous, pour nous aussi , et nous y parviendrons... nous obtiendrons de lui, sans qu'il soupçonne rien, de rompre des relations funestes, plus fatales encore qu'on ne peut le croire, peut-être: de se dégager de tous liens; car il est une chose... c'est pour celle-là que je suis venu. Dites-moi, Marie, votre frère n'a-t-il pas reçu un service, un prêt?
MARIE
En effet, monsieur.
YALLIER.
Cinq mille francs, je crois ?
MARIE
Que nous a envoyés Gabrielle.
VALLIER
Il y a long-temps ?
MARIE
Sans doute, nous ne connaissions pas... {Comme frappée d'une idée, avec teneur.) Ah! mon Dieu! qu'est-ce qu'on a pensé?
YALLIER.
Rien, rien ; mais, vous comprenez ? votre frère ne peut pas rester plus long-temps sous le poids d'un pareil service.
MARIE
Non, non.
YALLIER.
Il faut qu'il s'acquitte.
MARIE
Sans doute.
YALLIER.
Bientôt.
MARIE
A l'instant, à l'instant! Mon Dieu! Comment faire? vous avez raison... mais cette somme, nous ne l'aurons jamais assez vite.
YALLIER, lui offrant des papiers.
La voilà i
MARIE
Monsieur...
YALLIER.
Je l'apporte ; prenez-la, prenez !
MARIE
Ah ! monsieur !
La nortc ilu cabinet s'ouvre. Ilemond parait.
Dieu!
Mon frère !
MARIE
Moment Je silence.
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