‹ ThéâtreChapitre 175 sur 971 · MARIE, VALLIER · texte numérisé non relu

MARIE, VALLIER

MARIE, soulevant la tète après un lonrj silence. Et c'est là leur justice!

VALLIER , qui jusque là était resté dans la même altitude qu'il u gardée pendant la scène précédente.

Vous trouvez le monde bien cruel, n'est-ce pas,

mademoiselle? bien infâme? et cependant vous ne

le connaissez pas encore.

MARIE

Oui, on me fuit, moi! on me repousse!

VALLIER

Votre frère vous reste, et avec lui un ami que vous n'avez pas appelé, mais qui est venu.

MARIE

Monsieur!

VALLIER

Je sens la contrainte que ma présence vous impose : vous retenez devant moi les larmes dont votre cœur est plein... J'en souffre: mais il faut que je vous parle, mademoiselle. [Se tournant vers le cabinet.) N'ai-je pas entendu...?

MARIE

Quoi donc?

VALLIER

Là-dedans, comme le bruit d'une porte qu'on aurait ouverte. Vous êtes sûre...?

MARIE

Edouard est sorti, il n'y a personne.

VALLIER

Eh bien! c'est cela... j'ai besoin de vous parler, à vous seule. J'ai tout compris tout-à-l'heure, car ces bruits odieux étaient venus jusqu'à moi ; je ne m'attendais pas seulement que vous en seriez si cruellement instruite. Votre douleur est affreuse; elle est légitime... pourquoi la retenir?... Pleurez, pleurez, mademoiselle , pendant que nous sommes seuls; car vous ne le pourrez pas toujours... car il est un homme devant lequel vos larmes doivent s'arrêter, votre bouche doit sourire; et cet hooime, c'est votre frère... II ne sait rien, lui, il ne soupçonne rien.. .Oh! prenez garde !

SIARIE.

Mon pauvre frère !

VALLIER

Songez à son désespoir s'il se doutait jamais qu'on a voulu (lélrir le nom de sa sœur; s'il ap- [irenail ce que la calomnie a osé dire... MARIE, pleurant.

La calomnie...

MAGASIN THEATRAL

YALLIER, Vinlerrompanl vivement.

La calomnie, mademoiselle... [Avec force.)0\i\, c'est une calomnie. La lui cacher est un devoir pour vous, pour nous aussi , et nous y parviendrons... nous obtiendrons de lui, sans qu'il soupçonne rien, de rompre des relations funestes, plus fatales encore qu'on ne peut le croire, peut-être: de se dégager de tous liens; car il est une chose... c'est pour celle-là que je suis venu. Dites-moi, Marie, votre frère n'a-t-il pas reçu un service, un prêt?

MARIE

En effet, monsieur.

YALLIER.

Cinq mille francs, je crois ?

MARIE

Que nous a envoyés Gabrielle.

VALLIER

Il y a long-temps ?

MARIE

Sans doute, nous ne connaissions pas... {Comme frappée d'une idée, avec teneur.) Ah! mon Dieu! qu'est-ce qu'on a pensé?

YALLIER.

Rien, rien ; mais, vous comprenez ? votre frère ne peut pas rester plus long-temps sous le poids d'un pareil service.

MARIE

Non, non.

YALLIER.

Il faut qu'il s'acquitte.

MARIE

Sans doute.

YALLIER.

Bientôt.

MARIE

A l'instant, à l'instant! Mon Dieu! Comment faire? vous avez raison... mais cette somme, nous ne l'aurons jamais assez vite.

YALLIER, lui offrant des papiers.

La voilà i

MARIE

Monsieur...

YALLIER.

Je l'apporte ; prenez-la, prenez !

MARIE

Ah ! monsieur !

La nortc ilu cabinet s'ouvre. Ilemond parait.

Dieu!

Mon frère !

MARIE

Moment Je silence.

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