‹ ThéâtreChapitre 2 sur 971 · GERMAINE, MARCEL · texte numérisé non relu

GERMAINE, MARCEL

GERMAINE

Mon Dieu ! monsieur 3Iarcel, c'est vous?

MARCEL

Qu'y a-t-il d'étonnant? Est-ce que vous aussi m'avez oublié?

GERMAINE

Non, cependant j'aurais pu ne pas vous reconnaître, tant vous êtes changé!... Pauvre enfant! voyons, que venez-vous chercher ici?... Madame, n'est-ce pas? toujours?... Eh bienî^elle ne veut plus vous voir, elle ne pense plus à vous; c'est inutile.

MARCEL

En est-elle plus heureuse?

Elle ledit, du moins.

MARCEL

Il faut que je lui parle.

GERMAINE

C'est bien difficile, mon cher enfant.

MARCEL

Il faut que je lui parle, vous dis-je.

GERMAINE

Elle espérait que vous étiez retourné à Tours.

MARCEL

Oui; mais j'en suis revenu. Ma mère est morte, Germaine.

GERMAINE

Mon Dieu !

MARCF,L.

Oui. Guillaurnin , ce brave garçon que vous connaissez...

GERMAINE

Qui me tenait compagnie pendant vos longues promenades dans le parc avec Madame... brave garçon, mais qui n'a pas la tête bien forte.

MARCEL

Eh bien ! je l'avais laissé près de ma mère... Il m'écrivit vingt fois qu'elle était souffrante d'abord, puis malade, puis désespérée, sans pouvoir, m'arracher d'ici, tant j'y étais retenu par mon fol amour; enfin une de ses dernières lettres l'emporta : j'eus honte de moi, de laisser ma mère ainsi abandonnée aux soins d'un étranger... je partis. Ma pauvre mère ! j'arrivai pour recevoir son dernier soupir. Ce fut lorsque je l'eus perdue, Germaine, que je m'aperçus que j'aurais pu voir tous les jours cette bonne mère qui m'aimait, elle, de cet amour profond et infini qui résiste à tout, bien différent qu'il est de l'autre amour, et qu'au lieu de rester près d'elle, je l'avais abandonnée... pour qui? pour une coquette, voyez-vous, Germaine, pour une femme qui ne m'aimait pas ; qui, dans son veuvage, sa solitude, son exil, m'a trouvé là, s'est aperçue que j'étais un peu moins ridicule que beaucoup de mes compatriotes, et ne s'est pas doutée que son caprice d'un jour ferait le mal-

BaTHILDE.

heur de toute ma vie, à moi... Ah! ma mère! quand je pense que je l'ai presque laissée mourir seule, pour suivre de loin les pas de cette femme qui m'en récompense ainsi... Tenez, Germaine, j'ai là quelque chose qui ressemble à un remords, mais je ne me serai pas mis ce remords dans le cœur pour rien : je suis revenu à Paris pour voir Baihilde, et je la reverrai ; cette fois, il n'y a plus de considération humaine qui puisse me retenir. Les droits que donne sur elle une femme...

GERMAINE

Arrêtez, monsieur Marcel, ces droits n'ont jamais été de nature à autoriser une poursuite aussi acharnée.

MARCEL

Elle vous a dit cela, n'est-ce pas?

Et vous la démentiriez, ce qui ne serait pas d'un honnête homme, monsieur Marcel, que je connais trop bien l'enfant que j'ai élevée pour rien croire de ce que vous pourriez dire.

BIARCEL.

Ayssi, Germaine, je ne vous dirai qu'une chose. Il faut que je revoie Bathilde.

GERMAINE

Ah ! mon Dieu, vous me faites trembler pour elle.

MARCEL

Et vous avez tort. Elle n'a rien à craindre si elle me reçoit. Non, voyez-vous, autant la jalousie peut me porter à je ne sais quelles folies, autant, «i je retrouve son amour d'autrefois... car, vous le savez, elle m'a aimé.

GEHMAI^IE.

Hélas ! oui, je le sais; mais cet amour dont vous parlez a disparu tout-à-coup comme si elle en avait honte; et toutes les fois que j'ai voulu lui parler de vous, elle ma imposé silence. Que «'est-il donc passé? dites-le-moi, vous, puisqu'elle ne veut pas me le dire.

MARCEL

Rien.

GERMAINE

Oh! je suis bien sûre du contraire; il faut que vous lui ayez causé quehiue grand chagrin.,

MARCEL

Qu'importe ce qui s'est passé! Germaine, tout ce que je sais, c'est que si elle ne ni'uimeplus, je l'aime encore, moi. Eh bien, donnez-lui un con- «eil; c'est de ne pas me traiter comme elle le fait, ainsi qu'elle traiterait un inconnu. Je suis un composé d'extrêmes, il y a en moi autant de bon que de mauvais; et croyez-moi, tout le monde n'en pourrait pas dire autant. Ainsi donc, je vais la revoir, n'est-ce pas ?

GERMAINE

Je n'ai pas dit un mot de cela.

MARCEL

Oui; mais je lui dit, ma bonne Germaine. . ( On snnue. ) Tenez, voilà Balhilde i|ui sonne, preuve quelle est visible. Eh bien , annoncezmoi.

GERMAINE

Écoutez... c'est impossible que vous entriez ; ainsi, croyez-m'en, moi, votre bonne Germaine, qui vous aime toujours comme son second enfant, ce qui est peut-être mal, mais ce dont elle ne peut s'empêcher. Soyez raisonnable, allez-vousen, et j'irai vous donner des nouvelles.

MARCEL

Non pas ; puisque me voilà tout porté , je les attendrai.

GERMAINE

Mais êtes-vous fou ?

MARCEL

Au contraire, je commence à devenir sage!

GERMAINE

Dieu! j'enteuds madame.

Ah! enfin!...

GERMAINE

Voyons... pour moi, monsieur Marcel, je vous en supplie, pour moi, pauvre femme, qui serais perdue si j'étais obligée de me séparer de Bathilde; pour moi, qui ne vous ai rien fait, ne vous présentez pas ainsi devant elle sans que j'aie eu le temps de la prévenir, de m'excuser, là, si vous voulez que je vous dise le mot : entrez dans ma chambre, je frapperai quand il sera temps.

MARCEL

Je le veux bien; mais songez que je ne sortirai pas d'ici sans l'avoir vue, sans lui avoir parlé... Où est votre chambre ?

GERMAINE, Ouvrant une porte lalCrule.

Là, là, au bout du corridor... allez... merci' mon enfant... allez, allez, et pas un mot, n'est-ce pas?... Attendez-moi... vous me le promettez?

MARCEL

Moi, je ne promets rien; t«ut dépendra des circonstances.

GER.MAINE

Mais allez donc, méchant... entêté!... {Marcel sort.) 11 était temps!

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