‹ ThéâtreChapitre 277 sur 971 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

FANNY, seule.

Qu'ont-ils donc l'un et l'autre? ils me laissent toute seule; c'est un fait exprès. Pour la première fois, depuis deux mois, mon cousin Achille vou-

LE FILS DE LA FOLLE

lait bien passer la journée au château. Précisément, mon oncle lui donne une commission pour Grenoble; ce n'est pas ça qui m'a beaucoup contrariée, parce que j'ai pensé que Fabius pourrait me parler plus librement, et me donner les informations queje lui ai demandées; etmaintenant voilà qu'il s'en va en me saluant d'un air triste et glacé... peut-être cela vaut-il mieux. J'ai eu tort de m'adresser à ce jeune homme; il s'est peut-être exagéré le motif de la confiance que je lui accorde. Il en faudrait mille fois moins à Achille pour se croire adoré... etqui sait si Fabius .. Allons, estce que je suis folle?... lui s'imaginer qu'il peut intéresser quelqu'un ? Il est plutôt disposé à se juger comme tout le monde le juge, et je suis sans doute la seule qui ai comjjris tout ce qu'il y adenobleetdebon souscetteenveloppe grossière. [Rêvant.) N'est-ce pas là une chose bien étrange? mon oncle se trouve avoir besoin d'un copiste, il s'adresse à un pauvre maître d'école, et voilà qu'il rencontre un homme d'une instruction profonde et solide; cet homme gauche, mal vêtu, demeure un jour dans ce salon, j'ouvre par ennui ce piano, et voilà qu'aux premières notes, il me critique, me conseille, et s'en empare comme un habile musicien. C'est pourtant vrai; à ce moment, j'ai cru à une ruse, à un déguisement de la part de cet homme; mais la vérité de tout cela s'est bientôt montrée d'elle-même. Un enfant abandonné, élevé dans un hospice entre un vieil oratorien et un pauvre organiste chassés de leurs couvens; deux vieux prêtres qui n'avaient qu'un élevé, et qui lui ont légué toute leur science. Triste héritage sans doute, qui a élevé son cœur sans changer sa position. Hélas! le temps est passé des révolutions et des fortunes rapides comme celle de ma famille, et peut-être eût-il mieux valu pour Fabius rester un pauvre ouvrier... comme il est probable que j'eusseété plus heureuse, si mon père, au lieu de s'enrichirpar des spéculations hardies, m'cûllaissée dans la classe oîi il était né. . Alors, si j'avais rencontré Fabius, et qu'il m'eiil aimée, je l'eusse peut-être aimé aussi... et je ne souffrirais pas comme je souffre.

Ellr reste assise et n'-Te sur un fjutouil a gaui.lie.

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