SCENE \I
LE BARON,LÉONA, LE CHEF DES SOLDATS, GIULIO, Soldats.
LE CHEF, à ses soldats.
Qu'on ne laisse entrer personne!
LE BARON
Des soldats du roi !
LE CHEF
Monsieur le baron de Cadenet?
LE BARON
C'est moi ! que voulez-vous î
LE CHEF, lui présentant un parchemin.
Voilà qui vous l'apprendra.
LE BARON, prenant le parchemin.
Que penser? [Lisant.) «Nous, cardinal deRi- » chelieu. » [Parlant, ) Que me veut-il? [Reprenant la lecture.) «Nous, cardinal de Riciiolicu, » premier ministre de sa majesté chrétienne, » Louis XIII, roi de France, ordonnons au por- » teurdes présentes d'aller au château du baron » de Cadenet, de s'en faire ouvrir les portes à » toute heure de jour ou de nuit... de faire pcr- » quisition partout, touiller tout meuble, voir et » lire tout papier, à l'effet de trouver et saisir un » manifeste daté du camp de Béziers et ponant » la fausse signature de son altesse royale mon- » sieur, frère du roi. Lequel manifeste, caclicic » et scellé aux armes du baron de Cadenet, devra » nous être remis dans le plus bref délai. Ricue- » LIED.» Obi mais je doute encore... Ai-je bien lu?
LE CHEF
Et maintenant, monsieur le baron, permettez que nous nous acquittions de notre mission.
LE BARON
Je ne permets rien, monsieur! Au contraire, je proteste hautement contre la nouvelle tyrannie de votre maître!
LE CHEF
Pourtaot il vous faut obéir.
LE CHATEAU DE SAINT-GERMAIN
LE BARON
Obëir! Céder à la force, ce n'est pas ohéirî... On vous a ordonné de visiter, de fouiller ce château... Faites donc!... mais je dois vous en prévenir, vous prendrez une peine inutile ; vous ne trouverez pas ce que vous cherchez.
LE CHEF
Je ne m'occupe que de l'exécution des ordres que j'ai reçus.
LE BARON
Eh bien, exécutez vos ordres !
LE CHEF
Guidez-nous donc !
LE BARON
Vous guider, moi!... {Moniram Léona.) Cède fille a toute ma confiance ; elle vous conduira!... (Donuani ses clefs au chef.) Voici mes clefs, allez!
LÉONA, à part.
Eh bien, ils ne sont pas au boutde leurs peines, je leur ferai faire une promenade dont ils se souviendront I
Pendant l'à-parté ic Léona, Giulio fait un signe an chef des sbires, qui lui indique que le manifeste de Bézicrs est sur le sein du Baron.
LE CHEF , «M Baron.
Mais tous vos papiers ne sont peut-être pas enfermés sous ces clefs... vous pouvez en avoir sur vous.
LE BABON.
Voudriez-voos par hasard mettre la raain sur moiT
LE CHEF
Mais...
LE BARON
N'approchez pas... 0 mon Dieu, mon Dieu!... me voir à ce point humilié!
LÉONA, à part.
Et le seigneur Giulio, qui ne dit rien.
LE BARON, à lni-r)ume.
Porter la main sur moi, lui!... Ohi j)i lui ni personne ne serait assez osé pour cela! Venez, mes maîtres, venez, je vous détic tous!
GIULIO
Juste cicll
LE BARON
Mais qu'al-je dit? 0 mon Dieu ! je suis un insensé! [Avec calme au chef.) Monsieur , vous avez reçu l'ordre de venir dans ce château chercher un écrit qui fait tache à l'honneur du fière du roi, et qu'on soupçonne être en mes mains... Eh bien I cet écrit, le voilà! [Il le tira de son sein ; mouvement de joie de Giuiio.) Oui, levoilà! voyez c'est bien celui qui vous a été désigné... date du camp de Béziers, signé Gaston ; et cette signaturc, monsieur... celte signature n'est pas i.iusse, clic est authentique... vous pourrez l'aflirMicr a Richelieu; mais vous ne lui direz que ce qu'il sait déjà .. Aussi adroit que luurbc, il de\ait mentir, vous tromper, pour rester seul m.iiirc d un secret d'tlat qu'il taira ou di>ulguera >.lon sa pOfiiiQQ et sou crédit ù l^ cour... L'mlàuic: niui
aussi, j'aurais pu meservirdc cet écrit comme d'un levier de fortune et de puissance... Mais j'avais trop de noblesse et de dignité dans l'ame pour en agir de la sorte.. Gage certain de la fidélité du martyr qui est dans le ciel, tu me rappelais tout le passé... tu me redisais le nom du bourreau de mon maître, de mon vieux général, il faut que je me sépare de toi, il le faut!
GiuLîO, à part.
Enfin!...
LE BARON
Mais te donner à Richelieu, jamais!
Il le jctle au fev..'
GIULIO, à part.
kh\ détruit! anéanti!
LE BARON
Et maintenant avouez-le, monsieur, en me voyant hésiter a soutenir le déli que vous aviez tous reçu de moi... vous avez dit : Le vieillard a peur!... Peur!... mais la pensée m'était venue que j'avais sur mon sein le manifeste de Béziers, et vous le disputer, c'était vous le livrer, le laisser à Richelieu... Oh! plutôt mille fois passer pour le plus lâche des lâches... C'est que vous ne savez pas combien je l'exècre, cet homme... c'est que vous ne savez pas qu'en haine de lui, je donnerais ma foriune, mon sang, ma vie, mon honneur!... Ah! que ne suis-je jeune, que n'ai-je encore la force de faire la guerre ! d'une main je prendrais une bannière, de l'autre une bonne épée, et je crierais : Aux armes', mort à Richelieu! Et je serais écouté, ( passant à Giulio, et lui serrant la main) etdc nombreux amis marcheraient avec moi... et l'infâme tomberait sous nos coups!... Mais je suis vieux, souffrant... je ne puis exhaler ma rage qu'en cris impuissans; je ne puis plus que maudire!... 0 m.ilhcur! malheur!
i.E CHEF, bas a Giulio.
Qu'ordonnez-vous?
GIULIO, bas.
•l'ordonne que ce vieillard soit libre cl respecté!
LE BARON, fl Giulio.
Oh! sortons, .'^ortons... je ne veux pns que ces hommes puissent dire à Richelieu (|u'ils m'ont vu sans force et près de loiiibcr devant eux.
Il Sort . ivre Giulio : puis le Chef cl les sol.iats Snrlcut.
w-vvwww