LA COMTESSE, HÉLÈNE
HÉLÈNE, en habit de pensionnaire.
Ahl ma mère! ma mère!
LA COMTESSE
Remets-toi, mon enfant, et par ton émotion, n'ajoute pas a celle que me cause cette entrevue. HÉLÈNE, avec bonheur.
Ah ! qu'il y a long-temps!... Oh! vos mains, vos mains !
Elle lis liaisc à plusieurs reprises.
LA COMTESSE, vivement émue.
Mon Hélène chérie, combien je suis sensible à tes douces caresses !.. Mais retiens le charme que tu as pour m'attendrir, car je serais faible, je pleurerais avec toi, et je suis venue, tu le sais, pour une affaire grave et .'érieuse !
HÉLÈNE
Oh ! ma mère, si généreuse, si dévouée, en vous voyant, en sentant vos bras autour de moi!... vos lèvres sur mon front, j'avais tout oublié; je n'avais plus qu'une pensée... ma mère... du bonheur par ma mère !...
L'ABBAYE DE CASTRO
LA COMTESSE, la faisant asseoir près d'elle sur un banc.
Eh bien I s'il est vrai que tu m'aimes, prouvemoi-le donc aujourd'hui; lu le peux, Hélène, écoute-moi... Ton père, qui avait juré de ne plus te voir, ton père va venir !
HÉLÈNE , tremblante.
Mon père!
LA COMTESSE
Sa présence, n'est-ce pas toi qui l'as réclamée?
UÉLÈNE. caressante.
Oh! c'était pour avoir la vôtre, dont j'étais privée depuis si long-temps !
LA COMTESSE
Songe, ma fille, que de celte entrevue solennelle va dépendre ton bonheur, le mien, notre repos à tous... Ton père est irrité; ton père est malheureux ; il pleure tous les jours son ûls bien aimé, un fils que ta funeste passion... HÉLÈNE, vivement.
Oh : ma mère, ce n'est pas lui, je le jure ?
LA COMTESSE
Je le crois, mon enfant; nous serions trop coupables, loi de l'aimer encore, moi, de ne pas le maudire !
nÉLÈNE;
Oh! ma mère! manière!
Ello s.Tnglote dans ses Lras.
LA COMTESSE
Hélène, ma fille, pounjuoi donc nourrir encore de folles espérances ?.. . Tu sais bien qu'à présent cet homme a fui l'Italie, qu'il n'y peut jamais reparaître:'... lui-même par sa conduite ne t'a-l-il pas tracé la tienne? .. il a bien compris qu'à présent, tout était brisé entre vous, et jamais une lettre...
HÉLÈNE
Oh! c'est vrai 1 {Âiec desespoir.) Et pourtant, il ne peut m'avoir oubliée, c'est impossible!
LA COMTESSE
Eh! malheureuse enfant, qu'espères-tu donc? je ne puis te le cacher, si aujourd'hui ton père te trouve rebelle à ses volontés, il est décidé a te faire pronoi.ccr des vœux!
HÉLÈNE, avec terreur.
Des vœux!... à moi, des vœux!...
LA COMTESSE, Se levant.
Oui, des vœux éternels, irrévocables!... Hélène, songe donc, séparée de moi, de ta mère, toujours !.. par un cloître, où jamais personne n'a pénétré !.. Ft sais-lu quelle est la fttnme qui commande dans cette abbaye de Castro?... la femme dont les vidonlés sont des lois, dont chaque arrêt souvent est un arrêt de mort?... c'est l'aïeule des Orsinil... des Orsini, dont tu repousses l'alliance... c'est l'Ame, et comme le génie redoutable de celte puissante famille, dont, du fond de sa retraite, elle règle et ilirige à son gré les plans ambitieux... Oh! malheur, malheur sur loi, ma fille, si, après un refus, qui se-
rait un outrage pour sa famille et pour elle, tu tombais entre les mains de sa vengeance !
LUIDGI
Monsieur le comte arrive à l'instant au couvent de l'Ave-Maria.
Lui!... déjà !...
LUIDGI
Il a demandé madame la supérieure!
LA COMTESSE, tremblante.
O mon enfant, il n'y a plus à balancer. Écoute, écoute ce que j'avais juré de ne jamais dire, et ce que la nécessité me force à le révéler. Tu sais que notre parente, avant d'être nommée, par le crédit de notre famille, supérieure de celle pieuse maison, était à l'abbaye de Castro?... HébienI elle y avait une amie, une amie d'enfance, qui osa braver l'abbesse souveraine... Trois jours après, un mal inconnu la saisit ; sous prétexte de lui nrodiguer des soins, on la transporta dans une cellule écartée... l'infortunée! sa maladie fut bientôt mortelle; notre parente obtint de la veiller une nuit, la dernière de sa vie!... Agenouillée près de son IH de mort, elle priait en pleurant, lorsque tout-à-coup la malheureuse victime, recouvrant un éclair de force cl de raison, pâle, amaigrie, dévorée parla souffrance, se tourna vers elle, et d'une voix dont l'agonie rendait les accens prophétiques : «Fuis, lui dit-elle, fuis les murs de ce cloître, car ces murs sont meurtriers! fuis cette cellule suriout, car cette cellule donne la mort!»
HÉLÈNE
Grand Dieu !
LA COMTESSE
Juge, après cette affreuse révélation que je liens de notre parente elle-même, juge de mon effroi, en pensant que toi, mon Hélène, toi, mon enfant chéri...
HÉLÈNE, faisant un effort.
Eh bien! ma mère... ch bien! vous saurez toul.
LDiDGi, annonçant.
Monsieur le comte!
HÉLÈNE
Mon père !
LA COMTESSE
Silence!
Le Comte p.irait ; il rsl soml.ro et vi-tu J'Iialiils de deuil. Hélène court au-devant de lui et (li-ciiit le genou.