ACTE III, SCÈNE m
sée... Rendez-moi cet écrit, que je le déchire à '^ l'instant, à l'Instant même... rendez-le moi!.. Vous ne répondez pas ?.. (Duval est tout occupé à relire le papier qu'il a dans les mains, et il n'écoute pas ce que dit M""^ Montbailly. Celle-ci le regarde attentivement et remarque avec effroi la joie qui brille dans ses yeux.) Ah! mon Dieu! il ne m'écoute plus! ce sourire... celte joie qu'il éprouve... Ah ! j'ai peur ! j'ai peur !..
DLVAL , relisant la dernière phrase.
« Je déclare que je maudis et que je déshérite «mon lils! »
(Dès ce moment , M""' Montbailly est tremWante ;
mais on doit voir qu'elle a deviné Duval, et qu'elle
joue un rôle avec lui.)
M"* MONTBAILLY.
Duval, mon bon Duval... rendez-moi cet écrit.
DUVAL
Certes, ma cousine , vous avez pris là un parti violent et cruel , peut-être. Le ciel m'est témoin que j'ai tout fait pour vous en empêcher; mais enfin , il y a des circonstances dans la vie oîi il faut suivre l'impulsion de son âme ; vous êtes plus raisonnable et plus juste que moi, et vous avez bien fait, sans doute.
M"" MONTBAILLY.
Ah! VOUS croyez... Duval, rendez-moi cet écrit.
DUVAL
La voix publique vous approuvera. Après les scènes allligeantes qui se sont passées hier au soir, un cri d'horreur s'est élevé partout contre Georges et Suzanne ; le conseil des notables doit se rassembler ce matin même , car le peuple demande qu'après avoir été chassés de la maison de leui' mère, les enfans ingrats soient chassés de notre ville.
M"* MONTBAILLY.
Ah! qu'ai-je entendu?.. Mais... vous les défendrez, vous!
DUVAL
Je me tairai... C'est désormais l'unique service que je puisse rendre à mes coupables parens... Je me tairai.
M"" MONTBAILLY.
Coupables!.. Vous aussi, vous êtes donc convaincu...
DUVAL
Il le faut bien ! j'étais le seul qui ne le fusse pas : je cède.
M"* MONTBAILLY.
Mais cet écrit... vous ne me le rendez pas?
DIVAL.
Il sera prudent, peut-dre, de réfléchir un certain temps avant (le prendre un parti à ce sujet: consultez vos amis, reu\ dont vous estimez le plus la raison ou le dévouement pour vous... el alors, ou bien vous déchirerez <o papier, ou bien vous le remelirez à votre notaire.
(Il met le papier dans sa poche.) M"' MO.NTBAII.LY.
Mais, d'ici là , si vous me le rendiez , Duval?