ACTE V, SCÈNE Vm. SI
«^ s'est passé, et tu as évité de paraître comme témoin... pourquoi?..
SUZANNE
Pourquoi? si le crime a été commis, tu devais l'attester ; si nous sommes innocens , tu devais le crier plus haut encore... Réponds, réponds, enfin... 11 le faut! devant eux , devant tout ce peuple , il faut que tu dises la vérité !
DUVAL
La vérité?
LE PEUPLE , avec colère.
La Vérité! il le faut! il le faut!
DUVAL
Eh bien! le tribimal a prononcé , et son arrêt est juste...
SUZANNE
Juste !.. Nous sommes des parricides, n'est-ce pas ?.. enfin , et toi aussi qui as tout vu , toi , tu nous accuses... Eh bien! suis-moi, suis-moi donc... (D'une main , elle entraine Duval, et de l'autre , elle ouvre vivement les rideaux de l'alcôve.) Et la main étendue sur ce lit de mort, jure que celui qui marche au supplice est l'assassin de sa mère, jure que je suis sa complice... Regardez, regardez, peuple... Il tremble, il recule...
DUVAL, revenant d'un premier mouvement de
frayeur.
Non, je n'hésite pas... A la face du ciel, et par ces restes inanimés, je jure... (Dans ce moment, la main de la veuve Montbailly fait un mouvement convulsif, et repousse le linceul; puis, peu à peu, la femme revient à elle, relève la tète, et son œil fixe se tourne vers Duval qui pousse un grand cri et tombe à genoux.) Ah! qu'ai-je VU?.. Grâce!., oui , j'ai menti , j'ai calomnié... grâce! grâce !.. (Ce moment d'effroi a été partagé par Suzanne et le peuple.) M""* MONTBAILLY.
Lui ! toujours lui !.. ce traître ! cet infâme !.. Où suis-je? et que se passe-t-il donc autour de moi?..
SUZANNE, avec une joie frénétique.
Ma mère!., elle existe! elle existe!.. Ah! courez, courez proclamer l'innocence de Georges , et sauvez-le ! sauvez-le , s'il en est temps encore !
MICHEL
Maître Duval , tu vas nous suivre ! et malgré toi , tu nous aideras à proclamer son innocence ! Viens, viens donc, misérable!
(On s'empare de Duval, et il sort avec tous, entraîné, ou plutôt porté par le peuple.)