SCÈNE IV
DOMINIQUE. SÉRAPHINE, puis MARTIAL.
siî.RAPHiNE, tombant assise sur le banc, et s'essuyant avec son mouchoir.
Ah ! je n'en puis plus...
DOMINIQUE
Voyez un peu comme la voilà toute en nage!... S'il y a du bon sens, de se mettre dans des états pareils!... Kt puis on dira: La belle mademoiselle delà Faille!... Ahl oui. belle !... joliment... Allez, allez!... si vous continuez, on ne vous donnera pas longtemps ce nom-là!...
SÉRAPHINE
Comme lu prêches bien ce malin!
DOMINIQUE, colère.
Mais, voyons, où as-tu été, pour te fatiguer ainsi, méchante enfant?
SÉRAPHINE, rêveuse.
■le me suis laissé entraîner plus loin que je ne croyais ; et puis ce livre, que j'avais emporté, m'a tait oublier l'heure... Je rêvais... je pensais... DOMINIQUE, se rapprochant, d'un air malin. Ah! et a qui donc?...
SÉRAPHINE, riant, en le regardant.
A loi!...
DOMINIQUE, incrédule.
Hum!... aux absents, plutôt...
SÉRAPHINE, avec malice.
Mon père?... il arrive aujourd'hui.
DOMINIQUE
Ah! si tu ne veui pas comprendre!... (Apart.) Klle n'en conviendra pas... elle n'en conviendra pas...
Pendant cette scène, Martial a servi le déjeuner, s'est attablé et mis une serviette autour du cou.
DOMINIQUE
Kt cette écharpe, que tu brodais hier, est-ce encore pour Ion père, ou pour moi?
SÉRAPHINE, souriant.
Je ne crois pas.
DOMINIQUE
A moins que ce ne soit pour Martial. MARTIAL, la serviette au cou.
Une écharpe pour moi'... Ah! ma sœur Séraphine, voilà une aimable attention!...
DOMINIQUE, le voyant à table.
Eh bien, qu'est-ce que tu fais la, loi?
MARTIAL, la bouche pleine.
Moi, papa?... je vous attends...
DOMINIQUE
Ah! tu m'attends. {Bas, à Séraphine.) Eh bien, veux-tu que je te dise à qui irait bien cette écharpe? c'est... c'est à quelqu'un qui demeure dans la tour de Garran' {Séraphine tressaille. A part.) Attrape!
Il va se mettre à table en se frottant les mains *. MARTIAL, qui a entendu le dernier mot.
Monsieur de Garran! Ah! un brave jeune homme! pas fier, qui demeure avec sa mère, a une lieue d'ici... dans un vieux donjon... Je le connais beaucoup... Est-ce que vous le connaissez, papa?
DOMINIQUE
Oui, et il a fallu, pour Taire sa connaissance, que ta sœur manquât de se casser le cou.
MARTIAL
Ah bah!... contez-moi donc ça, papa.
DOMINIQUE, sombre.
Ce n'est pas l'embarras, il était temps qu'il arrivât... un précipice était là!... une minute encore et ce cheval maudit, que montait Séraphine. s'y perdait avec elle!... Pour moi, je n'y voyais plus. . j'avais à l'arçon de ma selle un pistolet chargé... je le cherchais... je ne le trouvais pas... J'étais fou !... Mais un autre que moi avait vu le danger... Plus prompt qne l'éclair, un jeune homme s'élance, saisit les rênes, détourne le cheval par un effort inouï, tombe avec lui, mais sans lâcher prise... Kt ta sœur est sauvée!
MARTIAL
Ah! voilà un brave 1 un brave intrépide!...
DOMINIQUE
Comme son père... mon ancien capitaine!... car il ne craignait ni lance ni mousquet, celui-la .. et, ventre saint-gris!... comme disait le bon roi, ça m'a réjoui le cœur, d'avoir retrouvé dans le fils les traits du père, son noble cœur, et surtout son vigoureux poignet.
MARTIAL
Ah! ma sœur Séraphine, vous devez pour le moins l'adorer... Quelqu'un qui m'aurait sauvé la vie, je l'idolâtrerais, moi!...
DOMINIQUE
Elle! c'est une ingrate!...
' Martial, Dominique, Séraphine.
MADEMOISELLE DE LA FAILLE
séRAPHiNE, toujours assise, et avec une froideur affectée.
Je ne crois pas que monsieur de Garran tienne beaucoup à ce que je lui témoigne ma reconnais sance ; car il ne s'est jamais présenté au château. DOMINIQDE, se levant, pendant que Martial rentre le déjeuner.
Parce qu'il est timide, un peu ours, un peu sauvage... 11 a été civilisé comme ça. [Venant s'asseoir sur le banc, auprès d'elle.) Mais ces jours-là, ça ne demande pas mieux que de se laisser apprivoiser.
sÉRAPHi.NE, laissant aller sa tête sur l'épaule de Dominique en souriant.
Eh bien, apprivoise-le, toi.
DOMINIQUE
Oh! moi, c'est tout fait... Il est très-aimable avec moi. ..Quand je le rencontre, c'est toujours: Mon cher Dominique! mon bon Dominique!... Parce que, comme on dit, faute de grives, on mange des merles. Mais je crois qu'il serait encore plus aimable si c'était un autre... une femme, par exemple... Oui, je suis sûr que si tu vouluis, toi... Hein? qu'en penses-tu?... Dis-moi ça, à moi, ton vieux Dominique... Hein? {Il se retourne difficilement, à cause de la position de Séraphine. Dieu me pardonne, je crois qu'elle s'est endormie sur mon épaule! Encore un nouveau moyen pour ne pas me répondre!... Ces femmes ! comme ça a l'air bon... quant ça dort... celle-là surtout, qui a l'air d'un ange, et qui pourtant est un vrai démon !
sÉKAPHiSE, ouvrant les yeux.
Merci !
Elle les referme vivement.
/W^A/VV\'WW/V\VWVV\>\