‹ ThéâtreChapitre 732 sur 971 · SCÈNE \I · texte numérisé non relu

SCÈNE \I

M"»" DEGAURAN, GEORGES.

GEORGES, 7MI n'a pus quitté sa mère des ;/eux. D'où vient donc, ma mèr< , que votre joie, si vive d'abord... a fait sitôt place a un trouble... a une liistesse <|ue vous vous efforcez en vain de me cacher?...

M""' DE r.\»u*N, souriant.

Non... tu le trompes . lu te trompes, mon ami., parlons de loi... de ifs souffrances...

• Marianne, Gcorij-e, Mœ» de Garrau.

MAGASIN THÉÂTRAL

GEORGES

EUes sont oubliées, ma mère.

M™« DE GARRAN, Se levant.

Parlons de ton avenir alors... il y faudra songer, mon Georges... Ta place à présent n'est plus dans le fond d'une province, c'est à Paris, à la cour qu'il faut aller...

GEORGES

Oui, ma mère, à Paris, à la cour, car à présent, j'ai un titre... j';ii un grade... je veux rendre au nom de Garran l'éclat qu'il avait perdu... je veux qu'il soit digne d'elle; car ce que j'ai fait, ma mère... c'était pour elle!... {Madame de Garran cache sa figure avec ses mains. ) Oh! pardonnezmoi ; n'en soyez pas jalouse... votre image était aussi dans mon cœur!... Mais elle, voyez-vous, c'est mon avenir!... c'est mon amour I... c'est ma vie!...

M"« DE GARRAN

Oh! tais-toi, Georges, tais-toi!

GEORGES

Pourquoi'donc pleurez-vous?... Pourquoi me cachez-vous vos larmes?... {Il veut embrasser sa mère, qui le repousse doucement. Prenant la main de sa mère. ) Ma mère... votre main est glacée... {Il veut y porter les lèvres et s'arrête tout à coup. ) Grand Dieu!... cet anneau!... ma mère, de qui tenez-vous cet anneau?...

M™e de Garran veut retirer sa tnaiD, mais Georges la tient fortement.

M™e DE GARRAN, à VOIX boSSe.

De Séraphine!...

GEORGES , avec force.

Séraphine \...{ D'une voix tremblante.) Elle m avait juré de ne le quitter jamais...

M™^ DE GARRAN

Mademoiselle de la Faille ne m'a rendu cet anneau que la veille de son mariage...

GEORGES

Mariée! elle... Séraphine!... Oh! parjure et sacrilège!...

M"* DE GARRAN

Georges... ne maudis pas cet ange!...

GEORGES

Mariée!...

Il tombe sur un fauteuil, près du petit meuble.

M"e DE GARRAN.

Le délai que t'avait accordé monsieur de la Faille était depuis longtemps expiré... ton retour, hélas : semblait impossible... monsieur de la Faille, sentant approcher sa fin, fit venir Séraphine à son lit de mort, et la contraignit d'épouser monsieur de .".lontgeron, dont la position brillante lui semblait une garantie de bonheur pour sa fille... Le lendemain du jour où mademoiselle de la Faille me rendit cet anneau, elle marcha à l'autel comme jadis les vierges sointes marchaient au martyre... Quoique plus tard un devoir sacré vînt la rattacher à l'existence, elle ne semblait plus vivre que dans ie passé!... monsieur deBlontgeron était toujours à Paris : Séraphine passait ici toutes ses journées ;

assise à la place où te voilà... elle regardait avec moi ce portrait... elle pleurait avec moi!... GEORGES, à lui-même.

Infidèle!...

i\'^^ DE GARRAN.

Et maintenant, Georges... mon fils... rassemble toutes tes forces... appelle à toi le courage et la résignation.

GEORGES, interdit.

Infidèle!... quel autre malheur pourrait m'atteindre ?

M"» DE GARRAN , ovec une grande précaution et

lui remettant la lettre.

Tiens... lis...

GEORGES , regardant sa mère , et prenant lente

ment la lettre.

Cette lettre...

M™e DE GARRAN.

Est d'elle!...

Elle lui donne la lettre. Georges la considère quelques instants, remarque le cachet noir, traverse la scène en silence, brise le cachet et lit en s'arrêtant à chaqua phrase.

GEORGES , regardant sa mère qui pleure.

De Séraphine !...( Lisant.) « Georges, pardonne- » moi... Mon père mourant me suppliait... j'ai

»obéi! j'ai signé un engagement qui me

» séparait de toi... .Te n'en avais pas le droit, je » t'appartenais!.., pardonne-moi, car je meurs!... » Je meurs de cet amour... que je gardais en- » fermé dans mon cœur, comme un trésor!... Dieu » est bon... il te rendra à ta mère... à ton pays... » Mais quand tu demanderas ta Séraphine... c'est » devant un tombeau que l'on te conduira!... » Alors, mon Georges, prie pour la pauvre in- » sensée qui t'avait dit, dans son délire : Si j'étais » morte, ton baiser me ranimerait... Hélas! je » meurs, et tu es loin de moi!... je meurs!... et » ton baiser ne me ranimera pas!... » ( Après avoir lu , il reste un m.oment immobile , puis après un silence.) Oh i je suis frappé de vertige!... Ma mère, que veut dire cette lettre?... je ne comprends pas... Séraphine m'a trahi!... Mais Séraphine est vivante...

M"« DE GARRAN

Georges, du courage!... pense à Dieu... pense à ta mère!...

GEORGES

Séraphine est vivante?... répondez !...

En ce momeat, on entend de nouveau le tintement des cloches.

M™e DE GARRAN.

Écoute!... c'est au ciel qu'elle t'attend maintenant...

GEORGES

Ces cloches!... Morte!... morte!, .aujourd'hui, mon Dieu!... aujourd'hui!...

11 tombe anéanti sur le fauteuil qui est près de la table. M™^ DE GARRAX, emhrassaut son fils.

Georges... mon ami... rappelle-loi ses derniers adieux... elle te dit de prier pour elle... {Georges,

MADEMOISELLE DE La FAILLE.

en proie à une (jrnnde agitalion, qu'il contient, passe devant su mère et va prendre sur un fau~ ttuil prés de la porte du milieu son chapeau et le manteau qu'il y avait jetés en entrant et que Marianne a ramassas. M"'" de Garran , qui a

suivi avec la plus grande anxiété tous ses mou vements. ) Où vas-tu ?

GEORGES , comme s'il obéissait à une voix céleste A la Faille , ma mère!... iN'entendez-vous pas que Séraphine m'appelle?...

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Mtuximt tableau.

Le parc du château. Au troisième plan à gauche, une chapelle qui fait face au public, et dont les portes sont ouvertes, occupe la moitié de la scène. Tout l'intérieur de cette chapelle est éclairé, on distingue l'entrée du caveau, dont la dalle est levée. A droite, au quatrième plan, un petit pont en bois, de forme élégante, traverse une petite rivière dans laquelle so reflètent les rayons de la lune, qui éclaire la scène.

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