SCÈNE II
CONTRAN, MARTHE.
MARTHE. Le desservant de notre église m'a dit que deux fois hier vous étiez venu pour savoir si notre pasteur était de retour.
60NÏRAN. Est-ce qu'il est arrivé?
MARTHE. Non... mais une lettre nous annonce qu'aujourd'hui même il doit traverser Paris. Peut-être arrivera-t-il ce soir à Clichy, et je me suis échappée un instant pour vous en prévenir en vous faisant part de la joie que cela nous cause...
GONTRAN. Merci, bonne Marthe... il arrivera trop tard pour me donner le conseil que je voulais lui demander. [Parlant à demivoix.) Il faut que d'ici à quelques heures je m'éloigne de Clichy. .. Le cortège qui ramène les vainqueurs de la Rochelle doit s'arrêter aujourd'hui au village de Vincennes, et je veux y rencontrer le maréchal ; il faut absolument que je le voie avant son arrivée...
MARTHE. L'impatience vous gagne ; vous ne pouvez l'attendre.... Et vous emmenez Marie ?
GONTRAN. Non, ma sœur. ( .4 demi-voix , et désignant le pavillon. ) Mais parlons bas „ car elle est dans cette chambre.
MARTHE, à demi-voix. Pourquoi ne l'enmenez-vous pas, la pauvre fille que l'absence du maréchal a rendue si triste, si mal-
heureuse, et que son retour doit consoler?
GONTRAN. Non , Marthe. . . le retour au maréchal ne consolera pas Marfe.
MARTHE. Que dites-vous?
GONTRAN. Plus bas !. . . [Il V emmène à l'écart.) Pardonne?, ma sœur, si je vous parle ici d'un malheur que je n'ai pu conjurer, et que j'aurais voulu cacher toujours... surtout à vous. . . mais l'instant approche où nous aurons besoin de tous ceux qui nous aiment. Il regarde avec précaution pour s'assurer qu'ils sont seuls, et revient à la gauche de 3Iarthe.
MARTHE*. Parlez, parlez, Contran.
GONTRAN. Lorsque le maréchal s'éloigna, Marie pleurait comme un enfant qui voit partir son père, et le maréchal, qui lui avaitdonné son anneau de fiançailles, m'ordonna pour la distraire pendant son absence de la conduire souvent à Paris aux réunions de la reinemère; et depuis ce temps-là Marie se repent d'avoir engagé sa parole , et semble prévoir que son mariage ne pourra la rendre heureuse.
MARTHE . Jésus. . . Mon Dieu !
GONTRAN. Voilà, ma sœur, la cause de ses larmes, et vous devinez maintenant pourquoi je vais au-devant du maréchal ; c'est que ce qui peut lui être aujourd'hui confié comme un malheur, plus tard il l'appellerait trahif'On , et vous connaissez sa violence. Je veux lui conseiller le calme en le prévenant d'un malheur qui n'est que passager sans doute ; puis je veux vous prier, ma sœur, tandis que j'accomplirai cette pénible mission , de vous approcher de. Marie pour la distraire dans la soHtude.
MARTHE. Je le ferai , mon frère , et nous prierons Dieu pour elle... Je ferai prier tous nos enfants.
GONTRAN. Elle a droit à leurs prières; vous le savez, elle est leur sœur... et vous reviendrez
MARTHE. Quand serez-vous parti?
GONTRAN. Dans deux heures, sans doute.
MARTHE. Dans deux heures je serai près d'elle.
GONTRAN , accompagnant Marthe , qui sort par la gauche. Merci! [Redescendant lit scène.) Oh ! je n'ai pas pu te dire, sœur Marthe, que depuis le départ du maréchal l'amour que Marie ne savait même prévoir... est entré violemment dans son âme, et que sanglots et prières n'ont pu l'en détourner. Allons ! je suis plus tranquille; je tremblais de la laisser seule depuis qu'elle a reçu la nouvelle de l'arrivée du maréchal , son morne silence me fait peur.' Je l'entends, je crois. Regardant dans le pavillon.) Oui ! elle a quitté la fenêtre, elle la ferme... elle vient.
Marie sort tristement du pavillon, ferme la porle en s'essuyant les yeux.
* Marthe, Contran.
LES ENFANTS TROUVÉS
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