SCENE VII
MARIE, puis VINGENT.
MARIE, seu/e. Maintenant je n'ai plus qu'à prier... ma sentence est partie, et personne l\ qui faire mes adieux! personne... (Apercevant Vincent, qui est entré par la gauche. ) Ah! mon père...
Elle court dans ses hras.
VINCENT, l'embrassant au front. Marie... ma fille!... je te revois... je suis content, je suis heureux : quand après a\oir fait un pénible voyage je revois mes enfants, j'oublie bien vile les tourments de la route.
MARIE, lui présentant un siège, à droitt' Reposez-vous, mon père.
VINCENT. Oui, ma fille... mais d'abord... laisse-moi regarder tout ce qui m'entoure... le jardin... la maison... le clocher de mon église. Je suis venu près de toi sans m'arrêter, et je n'ai pas encore revu ce pays que je contemple toujours avec tant de joie toutes les fois que je le retrouve ; i! y a pourtant des gens qui disent qu'il n'est pas beau notre village... c'est le foyer... c'est le repos... c'est la famille... et tous les châteaux, toutes les cathédrales ne valent pas pour moi la maison du maréchal et mon petit presbytère.
MARIE. Et vous n'avez pas été heureux dans votre pèlerinage ?
\i'SC]ii!\T , s' asseyant. Hélas! mon enfant, tu le sais, je cours toujours après la charité, et depuis trois mois, marchant de ville en ville, de village en village, c'est à peine si j'ai pu rencontrer son ombre; je n'ai recueilli que quelques aumônes; tu sais, je les ai envoyées à .Marihe; mais tout cela a dû suffire à peine pour faire vivre nos enfants au jour le jour. Je me suis pourtant adressé à tout le monde, aux puissants, aux pauvres. Les ministres d'état m'ont dit que les frais de la guerre avaient épuisé le trésor public; les bourgeois, que la guerre avait fait doubler leurs impôts; les paysans, que le passage des soldats avait détruit leurs moissons. Aii! c'est un chose bien dure que de quêter pendant la guerre ! Mais les hostilités sont finies! le maréchal revient, et j'espère en sa bonté, il m'a toujours aidé de ses bienfaits. Kt c'est près de toi, qu'il a rerue de mes» mains, que je viens puiser un nouveau courat;e... Oui, 31arie, quand je suis inquiet du sort à venir de mes enfants, je me console en pensant à toi... je me souviens queje t'ai confiée, pauvre fille, au maréchal Saint-André, que ton enfance a été douce, que ton mariage va t'assnrer à jamais une existence heureuse. El je médis: Dieu est juste; il fera sans doute pour les autres enfants ce (pi'il a fait [JOur elle. EJi bien! tu ne me réponds |)as; mais prouve-moi donc un iKHi (pie tu es heureuse de mon retour. Ah! lu vois bien (jue j'ai besoin do beaucoup d'espérance. Voyons, que je te retrouve au moins comme autrefois , bien folle , bien joyeuse!
MARIE, à part. Oh ! sa joie me fait mal; je n'oserai jamais lui dire...
VINCENT, f//)rt;7. .'Martheavait raison. \h!... c'est plus grave que je ne pen.sais.. . l'auvre enfant! [Se levant.) (Test par ion ordre, mon Dieu , (pic marchant pour les autres... je me suis éloigné d'elle; mais me voici de retour , voyons. (.1 Marie.) ^'o\ons, ma fille, qu'avez-vous?
* Marie, Vincent.
MAGASIN THEATRAL
MARIE, Ne m'inlerrogez pas, mon père...
oubliez-moi.
VINCENT. Mais vous savez bien , mon enfant, que je ne le pourrais pas. Voyons, parlez-moi, répondez-moi, que je sache au moins la cause des pleurs de mon enfant
MARIE. Je ne l'oserai jamais.
VINCENT. Et si je la savais., .
MARIE, avec force. Vous ne la savez pas, mon père.,, vous l'ignorerez toujours.
VINCENT, lui prenant la main. Marie!,., ce n'est pas le maréchal Saint-André que vous aimez d'amour.
MARIE, éjjouvaniée. Vous le saviez?
VINCENT. Je le savais.
MARIE, se courbant avec frayeur. Et vous ne me maudissez pas !
VINCENT, Eh ! non, je ne te maudis pas, [La relevant.) Mais je le plains de toute mon finie, pauvre enfant; tu souffres... Assieds-toi, et dis-moi bien la cause de tes douleurs.
MARIE, afrès s être assise. Mon père, je iie puis vivre sans être ingrate,., et je voudrais mourir pour ne pas vivre coupable.
VINCENT. Tu as dix- huit ans, ma fdle; la mort est bien loin de toi.
MARIE, avec exaltation. Quand la mort ne vient pas, le désespoir qui entraîne peut conduire auprès d'elle.
VINCENT. Ah ! vous voulez mourir; mais vous ne savez donc pas que le suicide est le plus grand des crimes, puisqu'il est le seul qui ne permette pas le repentir? Vous n'avez donc plus ni religion ni croyance ; vous pensez donc que tout sera fini pour vous lorsque vous aurez quitté la vie? Ah ! vous voulez vous tuer! et moi, qu'est-ce que je deviendrai? Mon Dieu! il ne lui est donc jamais arrivé de songer au malheur qu'elle laisserait après elle! elle n'a donc jamais cru le vieillard quand il lui a dit tant de fois qu'elle était son espérance et sa vie , et qu'il moui rait de douleur s'il la perdait criminelle!... Elle n'a donc pas même pensé que mon existence est nécessaire aux enfants abandonnés, dont je suis l'unique soutien.... et qu'enfm Dieu, lui demandant compte un jour de son crime, sera sans pitié pour nous , et que le châtiment sera terrible !
MARIE, en tombant à genoux. Grâce! grâce, mon père !
VINCENT, Î^Iais rien n'est encore perdu; si tu le veux, lu peux tout réparer... Vois combien est grande la miséricorde de Diou ; lu étais sur le bord de l'abune, il m'a conduit près de toi; j'arrive, je reviens à temps... il t'envoie le prêtre qui doit tout soulager, tout pardonner, et auquel tu peux dire : Venez à mon secours, mon père, je souffre.
MARIE, toujours à genoux. Mais le prêtre
ne peut savoir quels sont les tourments d'une pa.^sion funeste, elles transports que la piiçre ne peut détruire.
VINCENT. Et qui vous dit que le prêtre ne le sait pas?
MARIE, se relevant. Quoi ! mon pèj-e,..
VINCENT. Croyez-vous donc, enfant, qu'il suffit de tendre la main pour recevoir la grâce du Seigneur, et que le prêtre n'a pas eu, comme les autres hommes, sa jeunesse, ses dangers, ses luttes et ses orages ? Croyez-vous qu'il a triomphé sans combats, et qu'il est devenu digne serviteur de Dieu sans verser une larme?,. Non, mon enfant; médecin de l'âme, il en connaît tous les égarements, toutes les tortures. Echo de toutes les souffrances humaines, il peut leur répondre à chacune d'elles par un mot qui console. Et d'ailleurs n'a-t-il pas accès dans les familles? ne peutil ajourner un mariage... commander la patience et prier le Seigneur?
MARIE. Vous ferez tout cela, mon père?...
VINCENT. Oui, mon enfant, oui... {Entendant du bruit.) Mais j'entends venir ?...
MARIE. Ce ne peut-être que Contran !..,
VINCENT, N'importe, éloignons-nous ma fdle, que personne ne puisse voir tes larmes, que personne ne puisse soupçonner.,,
MARIE, Venez, mon père , dans mon oratoire,.. Oh ! ne me quittez pas encore !.,,
VINCENT, Pauvre enfant égaré, sois tranquille, je ne te quitterai pas sans l'indiquer le chemin.,, va, va ma fille !,,, [Elle rentre dans le pavillon. ) Oh ! mon Dieu! fais que je puisse la sauver !..
11 entre dans le pavillon ; Contran entre par la droite.
tVVV/VVVV\'V'VVVVVVVVV\/VVV%ft/VVV\V'VVVVV\AAAAA/\V\/VVV\/\'VVX/VVVVVV'V'U