SCÈNE V
BAGNOLET, puis MONTORGUEÏL, DT- GONAPiD, CHALUMEAU ET PETITS BO- HÉMIENS.
BAGNOLET , seul. Le retrouver , ça ne sera pas facile; un homme sans domicile.. . C'est égal, j'ai une idée...
En ce moment entrent Montorgueil et Digonard poursuivis par les petits Bohémiens , puis le Factpur, Chalumeau, le Colleur et Poplard.
LE FACTEUR. Bourgeois, je vais VOUS indiquer un commissionnaire.
POPLARD. Un commissionnaire ? voilà !
voilà !
CHALUMEAU ET LE COLLEUR. Voilà, pOUr
la commission I
MONTORGUEÏL. Allous , je VOUS dis de ne pas me rompre les oreilles , je n'ai besoin de personne pour mes malles.
BAGNOLET, à part. Ses malles... C'est
F.ES lîOîlKMIENS DE PARIS.
un voyai^cur !... tenue d'homme riche, si je lui offrais. .
MOXTOBGUEIL, à Diçonard. Venez par ici , nous pourrons causer plus à iiotrf aise.
BUViîiOLET y s' avançant. Pardon; monsieur est étranger; s'il avait besoin d'un cicérone.
MONTORGUEIL, 5e détournant. Hein?...
que veux-tu ?
BAONOLET, effrayé. Moniorguoil!... ah!
grand Dieu !
MONTOROUEIL. Eh! c'est Bagnolet! quel diable de métier fais-tu là ?
nAGNOi.ET. Moi ! je. .. je. . .
MONTORGUEFL. Allons, c'est bien, nous avons à causer... va-t'en.
BAGNOLET. Je m'en vais... {Â part.) \\]ons rcirouver Arliiémise. .. Ce diable d'homme me fait des peurs atroces.
Il sort prpcipiiammrrit.
CHALUMEAU, un petit bout de ciqare à la bouche. A part. Exerçons ma petite industrie... {Haut.) Excuse/,, mon i)our;T(.ois; vonlez-voiis n)e permettre de m'allomer?
MONTORGUEiL, lui tendant son cigare.
Allons, dépèche-toi !
DiGONARD. Noos n'en finirons pas !
MONTOBGUETL. Oh ! Cela ne peut pas .se refuseï", la fraleniiié du cigare.
ctiAi.UMEAU. Oni , la fraternilé du...
Merci, mon bourgeois.
Il met le grand cii^are de Montorffueij dans «.a bouche et lui [iréspnfeson petit bout.
MONTORGUEIL. Mehi? couiment... eh!
bien , «lue fais-tu donc?
CHALUMEAU. Ail! pardon, pardon, c'est que je m'étais trompé... voilà le vôtre.
MONTORGUEIL. Animal, maiiitenant que tu l'as mis dans ta bonche, garde-le.
CHALUMEAU , à part, (l'est bien là-dessus que je comptais. {liant.) Ah! lendez-moi mon bout , si ça vous est égal.
MONTORGUEIL. Tiens, et laisse -moi en repos...
Il jotte le bout, Chniumoau le rnina'sse
CHALUMEAU. Erd'vé ! voiià déjà trois cigares (pie ce bonl-l;» me rapporte.
Il dteinl relui de Montorgueil, le mot daiH sa pocbe, el sort.
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SCI^NK VI.
MONTORGUEfL, Dir.OiSvni).
niGONARD. Eh bien , nous voilà .seuls , parlons de celtt' grande aiïairf.
MONTORGUEIL. Attends, Car c'cst toiite une histoire... histoire mystérieuse, mais dont je puis te confier le secret, à li i «pii me connais bien et dont je sais au.ssi toute la vie...
niGONARD. Toute ma vie... je suis banquier...
MONTORGUEIL. BoH... c8t je sais cc que lu étais avant... Je sais même depuis que m exerces la banque, plus d'un zéro criminel que tu as adroitement glis.sé à la On clua compte de jeune homme...
DiGONARD. Enfin cette affaire.
MONTORGUEIL. M'y voici, il y a quelque temps, je rae trouvais à Dieppe, ayant épuisé toutes mes ressources.
DIGONARD. Je le sais...
MONTORGUEIL. Oui, car je t'avais écrit pour te supplier de me prêter quelque argent sur ma parole.
DIGONARD. Ta parole, par malheur, c'était ta seule garantie.
MONTORGUEIL. Ce qui fait que tu ne m'as rien prêté du tout; or, un soir, j'étais sans argent, n'ayant auprès de moi ni un ami qui pût m'aider, ni quoique autre dont je psisse me servir... je me promenais dans la campagne, aux alentours d'une petite maison dont je venais de voir soi tir les habitants... La maison est déserte, me di.sais-je, et à cette pensée, un frisson parcourut tout mon corps. .. Une haie de que!(p:!S pieds \\\(^ séparait seule du jardin; je la franchis d'un bond, et grimpant lestement le lonr?; d'un arbre renversé sur la façade de derrière, j'entrai dans l'appartement du promipr étac;e ; il y avait là un secrétaire bien fermé pour un autre , mais presque ouvert pour moi, et dans ce secrétaire deux piles d'écus , que j'enveloppai à la hâte dans la première feuille de papier que je sentis sous ma main ; puis, je sautai de la croisée dans la terre labourée du jardin, et je partis... Une hem-e après, attablé dans un restaurant de la ville, je déroulai mes écus , et je découvris que l'enveloppe était une lettre que je me mis à lire... cette lettre était datée des griiiuks Indes, et signée : Didier,
DIGONARD, avec rlouncmcnt. Didier!
MONTor.GUEIL. Didier, négociant de lonrs, cl qui était allé rejoindre là-bas sou (ils aiiié, presque son (ils uni(|iie, piii>qiK' le plus jeune était, {iisail-il, perdu pour le monde et ymxison père... Le vii ill.ird écrirait celle lellre à .son lit de mort; il ladressait à son meilleur ami, au millionnaire Desro.siers, et acceptait l'olVre que celui-ci avait faite d'unir leurs deux enfants... Je me souvins alors de ce Paid Didier do Tours (|'ii av.iit pend.mt «pielque temps vécu parmi les noires, c'éta'l le plus jeune des deux fières; mais cette lettre m'apprenait<(ue Desrosiers, parti depuis longtemps de .»;a ville natile. m* coumussait ni l'un ni l'autre; alors uuc pensée subite s'empara (!<• mon rspri' , U!i plan immense se dérniila tout entier deviint mes veux; reite lettre était uu taiisniun (|ui de\ail nous enrichir , une mine d'or rlont je tenais le filon;
maoasijN' Tnr;ATp, \i
je venais dn voler deux cenls francs, je les avais enveloppés dans un million.
UIGONAKD. Mais ce plan , quel est-il ?
MONTOKGUEIL. Le lendemain, plus décemment velu, je me présentai chez Desrosiers. J'arrive des Indes, lui dis-je, et je vous annonce le retour de votre futur gendie. .. Eh! cjuoi Didier?... Est en ce moment à i*aris où le retiennent quelques affaires... Eh bien, s'écrie le bonhomme , c'est à Paris que je veux faire la noce , nous irons à Paris.
DiGONARD, Ah ! bah ! il va venir?
MONTORGUEIL. Il e>t venu; en ce moment il conduit sa fille à 1 hôtel Meurice, dans un insiant, il reviendra pour y faire porter ses bagages, et les miens.
DiGONARD. Les tiens... mais je croyais qu'il y a un mois, tu étais sans...
MONTORGUEIL. Il v a un mois, je ne connaissais pas mon ami Desrosiers; maintenant, il faut retrouver Paul.
niGONARD. Paul Didier !
MONTORGUEIL. Oui, Paul, qui saura bien parler au Desrosiers de son propre père , de ce vieil ami qu'il a si longtemps connu, et des grandes Indes qu'il ne connaît pas, Paul, que noustireronsde la misère pour lui donner une riche dot que nous partagerons , bien entendu ; mais il faut délier à son profit les cordons si serrés de ta bourse; c'est un beau cavalier auquel il ne manque que des habits d'une coupe nouvelle, un cabriolet, un groom , et tu lui donneras tout cela.
DIGONARD. Mais...
MONTORGUEIL. Car ce n'est qu'avec tout cela cpi'il peut prendre, sans éveiller les soupçons . la place de ce frère qui s'est enrichi aux Indes.
DIGONARD. Fort bien , mais cette fois je ne veux pas risquer...
MONTORGUEIL. Quelques billets de mille francs, pour en gagner deux cent mille?
DiGONARD. Deux cent mille...
MONTORGUEIL. Ah! tu réfléchis, mais cela ne suffit pas , il faut agir.
DESROSIERS , hors scène. Fort bien, je reviens à l'instant.
MONTORGUEIL. Silence ! j'aperçois notre homme.
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