SCÈNE A^Il
PAUL , MONTORGUEIL . DIGONARD , DIDIER et BAGNOLET, au fond.
PAUL. Eh bien, à présent, nous voilà seuls, parlez! qui vous amène? vous, qui m'avez ruiné, perdu, venez-vous jouh* du spectacle de ma misère ?
MONTORGUEIL. Au Contraire, ingrat, nous venons t'en tirer.
PAUL. M'en tirer!... vous!
DiGOiNARD. Oui, Paul, et dès demain il ne tiendra qu'à vous de recommencer cette existence de luxe et de plaisirs que vous meniez autrefois.
PAUL. Se pourrait-il?... mais par quel miracle? Vous savez bien que je ne possède rien , que je n'ai rien à espérer de l'avenir.
MONTORGUEIL. Excepté la fortune que nous venons t'apporler.
PAUL. La for lune !
MONTORGUEIL. Oui, les coffres de Digotnart sont bien garnis, tu le sais; dès demain u y puiseras autant que tu voudras.
DIGONARD. Permettez! permettez!... je vous ferai quelques avances... pour vous vêtir , vous meubler , vous garnir.
PAUL. Eh quoi? je quitterais enfin ces haillons qui me pèsent, qui me brûlent!... et vous dites que cela ne dépend que de moi seul?...
MONTORGUEIL. De toi seul !
PAUL. Mais que faut-il faire?... parlez, parlez vite...
MONTORGUEIL. Ceci est notre secret... on t'instruira plus tard... jusque-là , il ne faut
quête laisser faire... consentir i: ôlre i; ureux, sans t'informer du reste... ce n'est pas bien difficile.
PAUL. Mais de quoi s'agit-il ?
DIDIER, qui veut s'élancer. Oh! de quelque infamie, sans doute !
BAGNOLET , le retenant. Chut ! donc.
MONTORGUEIL. Il s'agit d'une haule spéculation , dans laquelle tu nous es indispensable; quant à la moralité , aux dangers de l'affaire , Digonard est trop riche pour rien entreprendre qui puisse le brouiller avec le parquet... Enfin, vcux-tu, oui ou non, sortir de la fange où tu es tombé?
PAUL. Sans doute , mais...
MONTORGUEIL. Veux - tu ressaisir la fortune qui t'a échappé une fois... cette existence brillante, que tu rêvais jadis?
PAUL. Si je le veux?
DIGONARD. Acceptez donc alors , et demain vous porterez les habits les plus riches, les plus élégants.
MONTORGUEIL. Dès demain tu coucheras dans un brillant hôtel.
DIGONARD. Vous roulerez dans un joh cabriolet.
MONTORGUEIL. Tu dîneras au boulevard Italien.
DIGONARD. Vous aurez votre stalle à l'Opéra.
MONTORGUEIL. Et bientôt, bientôt tu seras millionnaire.
PAUL. Moi?.., Il serait possible! et sans crime, sans déshonneur, vous me le jurez?
MONTORGUEIL. Nous le jurons... D'ailleurs, tu en jugeras toi-même! car demain tu sauras tout.
PAUL. Demain! venez donc alors... Oh!
cette nuit va me sembler un siècle : car demain, c'est l'oubli de mes souffrances passées; le bonheur! la Ibrtune!... l'accomplissement de mes plus beaux rêves.
MONTORGUEIL, bas. Il est à nous!...
[Haut.) Partons!
Ils sortent tous les trois.
DIDIER. Oui, ce doit être quelque infamie que ces hommes nu'ditent, et je veux...
BAGNOLET, l'arrêtant. Du tout, vous n'irez nu 'le part, ou ça serait tout gâter... Restez ici; dans un instant nous saurons de quoi il retourne ; pour ça , je vas les suivre à la piste et savoir où ils vont le loger... Vous connaissez ma demeure , demain je Vous en rendrai bon compte. .. ils sont à deux cents pas d'avance, mais je peux leur donner ça d'escarre...
DIDIER. Mais il faudrait alors...
BAGNOLET. Être bien sûr de les rattraper. . . soyez tranquille, allez. .. je suis jambe comme un coq, et j'ai la rate en caoutchouc.
U borl CQ courant.
LES BOHÉMIENS DE PARIS
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