‹ ThéâtreChapitre 841 sur 971 · DIDIER, LOUISE · texte numérisé non relu

DIDIER, LOUISE

DIDIER. 0 malheureux frère ! Et dans Si s rêves de ridusse, de bonhour, pas un mot, pas une pensée pour Louise! {A pirt.) Et depuis huit jours, s'il est sans ressource, su;!s asile, que sera devenue cette pauvre femme? infortunée ! quelle aura été sa vie? Hélas ! je l'avais rêvée si heureuse et si be le ! je voulais l'entourer de tant de soins, de tendresse... Ah! Louise! Louise!

Pendant les deraières paroles de Didier, Louise a paru sur le pont.

LOUISE, sur le pont. Allons, plus d'hésiiation... Il le faut! il le faut!

DIDIER. J'ai cru entendre...

LOUISE. Mon Dieu! mon Dieu!

DIDIER. Oui, ce sont des g'missements, des plaintes.

LOUISE. Hélas ! j'ai épuisé toutes les souffrances, toutes les mi.scres, et son amour me manque... et il m'abandonne...

DIDIER. Oh! cette voix! cette voix!... je crois reconi.aîue. ..

louiSE. Mon Di( u , pardonnez-moi; ce que je vais faire est un Ciiaie... mais je ne puis supijorter l'abandon de Paul.

DiDiEu. De Pau!, de Paul! Oh! c'est elle, c'est Louise !

LOUISE. El toi, ma pauvre mère, toi qui es au ciel, prie pour t:i fille qui va mourir.

DIDIER. Mourir! elle! Oh! arrêtez! arrêtez !

Il s'élance vers le pont.

LOUISE. Quelqu'un!

Elle traverse le pont et s'élance. On voit nn corps ((ui tombe dans l'eau.

DIDIER. Perdue! perdue! Ah! la sauver ou mourir avec elle ! du secours ! du secours ! {Il s'élance sur la berr/e. ) Eh quoi! personne ne m'aidera-t-il à la secourir ?

CRÈYECOEUR , paraissant debout, sur un bateau qu'il a détaché. Si, me v'ià, moi !

Didier se jette à l'eau, tandis que les autres détachent un bateau.

TOUS. Du secours ! du secours !

Une mansarde; au fond la fenêtre; sur le côté à droite la porte ; pour meubles : une commode , une table , une chaise

SCÉiNE PREMIÈRE.

BAGiSOLET, .se«7. Il est en train de

savonner.

Il est cinq heures du matin, tout dort encore dans la nature... tout, excepté mol, que l'amour tient éveillé... l'amour elle savonnage!... oui, je suis contraint de me blanchir moi-mên)e , surtout maintenant ('iirArlhéinise étant revenue, je liens à être coquet... Ah! voilà qui est fini; à présent étendons tout mon linge : un mouchoir, trois chaussettes, un faux col. (// étend sur une corde les objets qu'il désifjne au far et à mesure.) Il n'est pas nombreux monlinge... ça n'est pas la place qui lui manque... c'est le cas de due... il dinse sur la corde... J'ai peul-êire fait une boulette en installant Arlhémise en face de moi... généralement, plus on est en face, plus on voit... je n'avais pas songé à cet elVel d'()pii(|ue. Tiens, et mon eau de savon que j'oubliais de jeter... A cinq heures du malin, c'est bien le diable si elle m'aperçoit.. ( Il prend ta cuvette et s'approche de la fenêtre.) Ciel 1 .. Arthémise... déjà levée!... la malheureuse! C'est son amour qui l'empêche de dormir... Elle ne bouge pas de sa fenêtre. Oh! ime idée! persuadons-lui que j'ai encore le domestitiue qu'elle m'a connu jadis!... oui, cumevêlis-

sant de ce que j'ai conservé de sa livrée... ( // va ouvrir le tiroir d< la table, et y prend une manche rouye.) Dia!)le! voilà lout ce qu'il m'en rette de la livrée, une manche de gilet... Après ça, en ne pa>Siinl qu'un bras par la fenêtre... elle supposera (|ue le reste est vêtu de mente; c'est ça... (// pasie la manche à son bras droit. ) Déguisons toujours ceci en groom... Au lait, tnon domestique a été si longtemps mon bras droit-, que mon bras droit peut bien aujourd'hui pas.-.er pour mon doniesti(iue. . là, maintenant... [Très-haut, comme s'il s'adressait d que'quun.) John! videz celle cuvelte, et préparez mes essences. [Imitant l a/cent amj lais.) Yes, yes, mjlord... je faisais celte chose lot de souiie!. . . (// prend le vase, s'approche de la fenêtre, ne laissant voir que le tiras couvert de la manche rouge .) L\'^lt.\éUck'U^. ..je Miissiir que ça prend très- bien ! ( // .se relire et élevant encore la voix.) (^e-sl bien... maintenant, John, apporlez-nioi mes bottes... ( Reprenant l'accent anglais.) Vos bulles, niylord... ils n'éiaient pas encore neliovées... [Voix naturelle.) Pas encore neliovées... comment, drôle, vous n'avez pas ciré mes bottes! (Avec l'accent anqlais) Voilà, voilà, mvlord. .. né impatientez pas vo.. je dépéchais moà. .. {Il frottr très-fort Ici la porte du fond s'ouvre doucement ; Arlhémise pa-

MAGASIN THr.A'IKAF..

rail, et écoute sans être vue.) Allons donc... piusvitequeça, vous n'en finissez pas, John...

AKi Hi-Misii: , à part. Ah ! ça, qu'est-ce qu'il dit donc, avec son jaune?

BAGNor.ET. Yès, yès, m^lord. Je dépéchais moi, très-fort., très... (H se retourne et aperçoit Art hé mise, qui est entrée depuis un instant et a tout observé. Il laisse tomber sa botte et reste pétrifié.) Oh!

/V\\X\\ AVVVVV\\VVVV\A'VVVVVV*/VVVVVVVVVVVVaVVAAA,VVXA,VVVVVVVVV\

BAGNOLET, AUTHÉMISE.

ARTHÉMISE. Avez-vous fini vos manières?

Mais dépêchez-vous donc, très-fort, très-fort.

BAGl olet. Elle a tout entendu.

ARTHÉMISE. Ah! comme c'est malin!...

comme c'est spirituel... Mais frottez, frottez donc, monsieur John.

BAGNOLET, à part. Je suis pincé... c'est clair !

Il Ole furtivement le linge qui est sur la corde, et le fourre dans sa poche.

ARTHÉMISE. Eh bien, où est-il donc ce groom? je ne le vois pas...

BAGNOLET. Je viens de l'envoyer eu commission. . . il est allé me changer un billet de bajUjue.

ARTHÉMISE. BoH, bon... JB Connais cette ban(iue-là!.. Et ce sixième étage qne vous occupez, c'est pour être en bon air ; votre meuble d'acajou est chez le tapissier... et... et ces charmantes bretelles... [Elle touche les ficelles qui lui en servent.) Ce sont des femmes qui vous les ont brodées.

BAGNOLET. Arihéiuise , vous aimez à plaisanter... ce sont de simples bouts de ficelles que je...

ARTHÉMISE. Oui, ça vous fait des bretelles ficelées... {Avec (jenliUesse.) Allons, allons, soyez donc tout simple, tout naturel... pourquoi vous faire plus riche que vous n'êtes?. .. est-ce que vous avez booin de ça pour me plaire?... est-ce qu'une simple griselte comme moi ne sait pas bien ce que c'est que la débine?

BAGNOLET. Au fait , VOUS avez raison ; à bas la gloriole ! Ce que j'en faisais, c'était pour ménager vos nerfs, votre sensibilité... je voulais vous caclier quelque temps ma détresse... mais c'est fini, je serai franc avec vous... Oui, Arlhémise, mes jours de fortune sont passés ; Arthéaiise, je possédais un charmant mobilier, mais je m'en suis défait par aiUorité de justice... iVrthémise, j'étais orné de bijoux qui me venaient de mou oncle, je les ai déposés chez ma tante... Arthémise , j'avais h mon service un laquais tout habillé de |>anni'... le laquais est parti, la panne seule m'est restée.

ARTHÉMISE. A la bonuc heure, voilà do la franchise.

BAGNOLET. Oui, Arlhémise!... A la reine des |>annes, voilà mon enseigne.

AUTHÉMISE. Eh bien, j'avais vu ça au premier coup d'œil.

BAGNOLET. Ail ! bah ! VOUS aviez remarqué..

ARTHÉMISE. Votre habit râpé, vos souliers peu vernis, votre chapeau déformé !

BAGNOLET. Ah ! le fait est qu'en voilà un qui |)ourrait afficher : On demande un remplaçant ! Et cette découverte-là ne vous ;■. pas lait changer à mon égard ?

ARTHÉMISE. Au contraire, elle m'a faii plaisir.

BAGNOLET. Comment, plaisir?

ARTHÉMISE. Eh! Oui, car ça nous rapproche... ça nie met à mon aise avec vous!... Ecoutez-moi , vous m'avez l'air d'un bon garçon...

BAGNOLET. Oii ! pour Ça... la fleur des boas i^arçoiis, le dessus du panier.

ARTHÉMISE. Sans être tout à fait un Adonis, vous n'ètts pas trop mal.

BAGNOLET. Dites que je suis très-joli, et n'e.i parlons plus.

ARTHÉMISE. En ouire, je vous crois capable de rendre une femme heureuse.

BAGNOLET. Heureuse !... oh oui, trop heureuse!... la malheureuse!

ARTHÉMISE. Eii bien! alors, soyez laborieux, rangé, économe, et je partage avec voiis mou petit héritage , je consens à vous épouser.

BAGNOLET. Comment! vous consentez...

vous partagez... vous m'épousez... vous, si bonne, si aimable, si gentille... O Dieu! la joie, le ravissement, le bonheur!... je sens que je vas me trouver mal.

ARTHÉMISE. Allons, allons, pas de bêtises, nous n'avons pas le temps; dès demain, nous publions les bans , et nous ferons la noce...

BAGNOLET. C'est ça, nous ferons la noce dans un joli endroit, à la Chatte amoureuse!

DIDIER, hors scène. Bagnolet!

ARTHÉMISE, écoutant. Tiens , on dirait Cju'on vous ap|)elle.

BAGNOLET. Moi, impossible: je n'attends personne.

DIDIER. Bagnolet !

ARTHÉMISE. Mais, si fait... {ouvrant la porte) j'entends bien...

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