LES MÊMES, DIDIEU, CRÈVECOEUR
portant LOUISE ccanouie.
DIDIER. Ah ! te voilà ; je craignais u.; ne pas te trouver.
LES ROHÉMTENS DE PARIS
BAGNOLET. Rassurcz-vous, je ne suis pas sorti... Mais qu'y a-t-il donc?
DIDIER. Plus tard... plus tard, tu sauras tout...
Il va rouvrir la porte. Entre Crèvecœur portant Louise évanouie dans ses bras.
BAGNOLET et ARTHÉMISE. Unc femme évanouie !
DIDIER. O mes amis! secourez cette infortunée!
BAGNOLET Ç< ARTHÉMISE. Oui... OUi...
ARTHÉ.\II3E, à ^a^'rto/ef. Une chaise! vite, une chaise! {Elle prend la chaise des mains de Bagnolet et aide Didier à y placer Louise.) Il faudrait peut-être lui faire respirer quelque chose !... {À Bagnolet.) Avez-vous de l'eau de Cologne, ou seulement du vinaigre ici?...
BAGNOLET. Je n'ai que de l'huile à quinquet...
ARTHÉMISE. Bétat!... {Regardant Louisc.) Comme elle est pâle!... et puis ses \ éléments sont encore humides... Ah! mon Dieu, je devine...
DIDIER. A cette heure, toutes les maisons (Haient fermées... et cependant il fallait lui donner des soins... lui trouver un abri.
BAGNOLET. Alors, VOUS VOUS Ctcs rappelé mon adresse ?
DIDIER. Tu logeais à deux pas... et nous avons pu la transporter jusqu'ici.
BAGNOLET. Vousavez bicu fait. . . ma chambre, mon mobilier, tout est à votre service.
DIDIER. Attendez !... la voilà qui rouvre les yeux... Pard»|>, mes amis... mais je voudrais lui épargne#rembarras. .. la honte...
ARTHÉMISE. Je " Comprends. J'emmène M. Bagnolet. Si vous aviez besoin de moi, je loge vis-à-vis de chez lui , vous pourriez m'appeler.
BAGNOLET. Oui, nous logeons vis-à-vis do chez moi... c'est-à-dire non... c'est 3Iademoisellequi...
DIDIER. C'est bien, allez, allez mes amis!
ARTHÉMISE. Pauvre femme! je suis sûre que c'est quelqno désespoir amoureux!...
oh! ces monstres d'honmics!... Monsieur Bagnolet... TOUS n'avez qu'à bien vous tenir...
BAGNOLET. Ah! bah !
Ils sortent.
SCÊlNE IV.
DIDIER, LOUISE, assise, CRÈVECŒUR, au fond.
J.OVISE, revenant à elle. Oii suis-je?où m'a-t-on conduite?
DIDIER. Pri's de gens qui vous aiment
qui vousplaignent... qui voudaiciit vous rendre au bonheur.
Hélas! il n'en est
LOUISE. Au bonheur!., plus pour moi !
DIDIER. Ne le croyez pas !. . Louise, revenez à vous, regardez-moi... ne reconnaissez-vous plus votre ami d'enfance... Charles Didier? LOUISE. Charles Didier!.... vous!..
DIDIER. Oui, c'est moi qui reviens pour veiller sur vous... qui ne vous quitterai plus maintenant.
LOUISE. Ah! oui, c'est vous, Charles!.... vous que je revois, que je retrouve!... Mais dans quel moment, grand Dieu !
DIDIER. Pauvre femme ! vous vouliez mourir !
LOUISE. Ah! oui... oui... je me rappelle tout à présent... Le désespoir !... le délire... Ah! pourquoi m'a-t-on arrachée à la mort?... Celait le terme de mes angoisses... de mes tortures.
DIDIER. Que dites-vous?... N'y a-t il plus d'espérance sur terre? N'y a-t-il plus au ciel de miséricorde?
LOUISE. De miséricorde!.. . Ah ! je le vois, vous ne savez pas tout ce que j'ai souffert , par quelles douleurs mon âme a été brisée. DIDIER. Pauvre Louise !
LOUISE. Sans famille, sans amis sur la îone, je n'avais qu'un seul homme sur lequel je pusse m'appuyer... cet homme, je iui avais tout donné, mon amour, mon dévouement, mon âme, et jusqu'à mou honneur.
DIDIER. Oli ! oui, je le sais!... je le sais! LOUISE. C't homme j'avais cottsenii à le suivre, à parta,£;er son sort!... Celait une faute, le ciel m'en a cruellement piuiio... mais il était venu à moi , dans nia solitude; il m'avait 'e premier fait entendre de douces paroles d'amour... et moi, pauvre orpheline, je n'avais là personne pour me défendre contre mon propre cœur, personne pour me ■ conseiller, pour me conduire... et puis . il m'avait juré de ne jamais se séparer de moi ; il m'avait juré que je serais sa fenmie , et je l'ainiais tant qu'il me semblait qu'il ne pouvait mentir! Vous savez bien, on croit re qu'on espt^'re.
DIDIER. Continuez, Louise, routinuez!
LOUISE. Nous arrivâmes à Paris! In, au lieu de cette vie tranquille que j'avais rêvée , ce furent des fêtes, des plaisirs ... quand je liasardais queli^ues conseils, il me répondait en riant que j'étais folle.
DIDIER. Le malheureux!... il rherchail à se tromper lui même, à s'élourdir sur le sort qui l'attendait ! il fermait les yeux poiu- ne pas voir l'abîme.
LOUISE. Cette existence dura une année.. Alors peu hpeu je vis dimiiMKT nos ressomres. Paul devint triste et sombre... .le compris (ju'il ne lui restait plus que mon auioiu... et je l'entourai de soins , de tendresse.
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Nous étions sans ressources, et je travaillai. DiDJEiî. Vous!... vous, r.ouisf!
LOUISE à part. Hais, hôias! c'est si peu de chose qne le travail d une pauvre femme!... Je pavsiis les nuiîs à broder, et cola suffisait àpeiue pour nous donner du pain... Un jour le travail me manqua tout à fait.. . je connaissais la niisrre, je connus la faim... .
niDiER, àpar^.Lamisireetlafaim !... pour elle! tandis que pour elle aussi, j'amassais le frui; de mon travail... Oh ! mon Dieu! j'étais heureux là-bas, ji- me réjouissais en songeant que bientôt j'aurais une fortune à lui offrir !. .. El pendant ce tf-mps elle souffrait de la misère, elb' subissait les toriures de la faim.
LOUISE. .Mais ce n'était rien encore , car bientôt je devais connaître l'abandon.
DIDIER. Oui , il a pu l'abandonner lâchement lui!
LOUISE. Il y a huit jours, il ne reparut pas.... Oh! je fus inquiète.. .bien inquiète... j'attendis un jour, puis deux... puis trois... je pleurai longtemps, et puis quand il ne me resta plus de larmes à verser, quand je compris que je n'avais plus rien à attendre ni à espérer dans ce monde, ma tête se perdit; je pensai à ma mère, je priai Dieu de me pardonner, et j'ai voulu mourir.
Elle se lève.
DIDIER. Mourir!...
Ici Grèvpcœur es>iuie une larme en regardant Loui«p.
LOUISE, à Didier. Vous pleurez mon ami !
DIDIER Oui, oui je pleure... oui, les larmes m'étouffent et me suffoquent... Oh!
c'est que vous ne pouvez pas comprendre ce que j'éprouve... ce que je souffre en apprenant que tant de malheurs vous ont accablée... vous... vous que jai tant aimée, vousque j'aime encore ! {Se reprenant. ) Que j'aime comme une amie! comiiie une sœur, entendez-vous? comme une sœur!..
LOUISE. Charles, votre affection e.stun bien fait (jue le ciel aurait dû me rendre plustôt.
DIDIER. Mais rassurez-vous, Louise; tout bonheur, tout espoir n'est pas fini pour vous. Y'^us reverrez mon frère .. je \ous rendrai Paul, et, je vous le jure, il sera votre époux,
LOUISE. Que dites-vous? Ah! s'il était Vrai... s'il m'aimait encore, je bénirais ceux qui m'ont sauvée. Mais ceux-là, vous devez les connaître, quels sont ils?
DIDIER. J'avais tant de fois demandé à Dieu de veiller sur vos jours, qu'il était bien juste qu'il se ser- ît de moi pour vous lescon.ierver.
LOUISE. Vous, c'est vous! O mon anu !
DIDIER. Oui, Louise, un hasard providentiel m'avait conduit sur vos pas; je vous ai sauvée, aidé de ce pauvre homme qui se tient à l'écnrt.
LOUISE. Il serait vrai ! Ah ! ma recoanaissance...
CRÈVECOEUR. Pourquoi? j'étais ià, \'ià tout.
DIDIER, hax, à Louise. C'est un infortuné ; l'abus des li([ueurs a détruit sa raison.
LOUISE, le regardant. Pourtant son visage n'est empreint que d'une sombre douleur... Croyez-moi, mon ami, les malheureux se comprennent ou se devinent, et je suis sûre que lui aussi a beaucoup souffert.
CRiLVECOEUR. Souffert!.. . Oh! oui, bien souffert!
LOUISE, à Didier. Je vous le disais bien.
DIDIER, passant près de Crèoecœur. Lh bien, pour effacer un passé nui. je le vois, a été pl(^in d'amertume , pensez qu'elle vous doii la vie et que ce souvenir...
CRÈVECŒUK Des souvenirs... je n'en veux pas. Quand je me rappel e trop.. . quand ça me revient là... [indiquant la télé) et là .. (iccœ«r) y faut boire, |)our m'élourdir, pour oublier... et quatidje n'ai pas de ({uoi, je suis raaliieureux, je .souffre, et... et je pleure.
LOUISE. L'infortuné !
DIDIER. Tenez; voilà de quoi vous fuVe oublier vos chagrins pendant quelque temps.
Il lui donne de l'argent.
CRÈVECOEUR. Tout ça ! Non, c'est trop!
On me le prendrait... seulement de quoi boire deux jours. (// prend une pièce de monnaie parmi elles que lui a données Didier et lui rend le rente, que celui-ci g lisse sans être vu dans la veste de Crècecœur. Après ça nous verrons... ou ben... ou ben,je serai p'tètre mort.
LOUISE e^ DIDIER. Mort!
CRÈVECOEUR. Adicu ! adieu ! merci !
LOUISE. Arrêtez'! .IN'esÊI (l'aile pas d'autre moyen d'oublier?,.. > ,
DIDIER. Pourquoi désespérer toujours?
LOUISE. Pourquoi dans" vos souffrances ne vous êtes-vous pas adressé à Dieu ?
CRÈVECOEUR. Eh beu ! et vous? vous vouliez vous tuer.
LOUISE. Oh ! j'étais coupable, j'étais folle ! et puis, je l'aime tant... lui !
CRÈVECOEUR. Eh beu ! moi, je suis fou ! et puis, je l'aimais tant... elle!
LOUISE. Elle ! c'est une femme que vous regrettez !
CRÈVECOEUR. Oui, ma feiTime, à moi!
LOUISE. Et qu'est-elle devenue?
DIDIER. Ot"! est-elle ?
CRÈVECOEUR. Là-hauL
Il indique le ciel,
DIDIER. Pourquoi ne pas attendre avec courage le joiu* où vous devez la revoir? Pourquoi, si vous cherchez l'oubli, ne pas le demamier au travail?
LOUISE. A la prière? Est-ce que cela ne vaiulrait pis mieux? es'-ce que cela ne plairait pas davantage à celle qui est là-ijaut?
CRÈVECOEUi!. A elle!oui, peut-èUe. .. peut-
LES BUHJ^MIENS DE PARIS
être... Miiis c'est trop tard... trop tard! A , ré;-ent, je ne peux plus... je... je bois, je m'étourdis et j'attends.
LOUISE. Pauvre homme!
DIDIER. Le malheureux !
SCEjNE V.
Les Mêmes, ByXGNOLET.
iiAGNOLET. Peut-on entrer?
DiDitii. Ail! c'fsl t..i !(]U!' \eux-tn?
r.Af.Nor.r.T. Routif^s nciivelles, excellentes îuvc'îps, et i":!i des renseignements sur m tre homme.
DïDiEr.. Sur mon frère!
LOUISK, à part. Paul! des nouvelles de V ul!
DiDiEiî. Parle, parle vite!
TîAGNOr.ET. Voilà. Je connais tous leurs })! jets. Monsieur Paul va faire aujourd'hui Ul aiïaire superbe, et moins coupable que non: lu- pensions...
DIDIER. Mais oe quoi s'agit-il?
BAGNOLET. D'un monsieur Desrosiers.
DIDIER. Desrosiers!
BAGNOLiT. On'oii dit rirlic à millions, et dont Paul va épouser la fiUe !
DIDIER. Grand Dieu î
LOUISE, tombant sur une chaise. Se marier ! se marier!... Ah! pourquoi ne m'^ntils pas laissée mourir.
BAGNOLET, étonné. Eh bien ! nu'a-t-'el!e donc ?
DIDIER. Ah ! malheureux ! qn'as-tn faii ! Mais c'est elle... tlle, que Paul a séduite, et dont tu viers de briser lerœur !
BAGNOLET. Se peut-il?
DIDIER. Louise, soyez sans rraintp; ce mariage n'aura pas lieu, je vous le jrre, an c'est un in'âmo subterfuge que je devine. .. Ma présence suffira jmur déjoufr leurs projets et renverser l'imposture. Ragnoler, tu vas me conduire...
BAGIVOLET. OÙ donC?
DIDIER. A l'hôtel de Desrosiers.
Il sort suivi de Bagnolet. La toile tombe.
K.W\X\\VW\\\^'VAVX^^VVVVVVVW\'VXVVV^W'VV\'\WVi^WVWWWVV\VW^WWV
ACTK THOISIÈME.
premier tableau.
Un riciie salon de café-restaurant.
scè:
Garçons, MO?