SCENE YIII
DEWORDE, GUILLAUMIN.
GUJLLAITMIN.
Ah! vous voilà donc enfui !... Tiens... tiens... tiens... est-ce que vous avez deux domiciles, vous... à cause de la garde nationale ? hein?...
DEWOÎIDE.
Non, mon cher Guillaumin.. .je suis ici chez une amie!...
GUILLAUMIN
Oh ! c'est que c'est mon cauchemar, la garde nationale... Je quitte Tours rien que pour ne pas la monter... Ah! une amie... amie, hein! avec un e à la fin? Sexe féminin... bon... vous allez me présenter alors ?...
DEWORDE.
C'est pour cela que je vous ai fait venir.
GUILLAUMIN
Vous êtes bien gentil... je suis sûr que vous n'occupez aucun grade dans la garde nationale ?
DEWORDE.
J'espère que vous êtes descendu chez moi.
Non, merci, eousin... vous avez trop d'affaires, je vous aurais gêné; d'ailleurs je viens à Paris pour y rester.
DEWORDE.
Eh bien ! il faut prendre un joli logement de garçon. Je vous en ferai chercher un par François, et je vous enverrai mon tapissier.
GUILLAUMIN
Un logement en mon nom !... ah ! bien oui!... pour qu'on me mette sur les contrôles... non, non, je loge chez un ami , il montera la garde pour nous deux... chez Marcel, rue Taitbout,
DEWORDE, à part.
Marcel! n'est-ce pas le nom de ce monsieur?...
GUILLAUMIN
Enfin , me voilà ! j'ai fait mes trois jours de prison, et j'arrive purgé de mon jugement... Maintenant, vous m'avez promis de me présenter à une dame, il me la faut.
DEWORDE.
Elle est à sa toilette.
BATHILDE
GUILLADMIN.
Ah! c'est que j'ai reconnu que la vie est une chose fort monotone en province, et je veux égayer la mienne avec des folies, ou l'assombrir avec des passions... le cœur que je poursuis, la femme que j'ai rêvée est ici... et ma foi, jela trouverai... Gare à vous!
DEWOKDE.
Cependant, à Tours, où l'on'connaissait votre mérite, comment diable n'avez-vous pas trouvé..?
GUILLAUMIX.
Tours est une ville qui ne confectionnera jamais autant de pruneaux qu'elle m'a offert de déceptions.
DEWORDE.
En vérité?
GUILLACMI!^.
Je suis une victime de l'amitié... je me sacrifie sur cette terre... il est vrai que c'est pour un bon camarade, celui-là ; un garçon qui, au collège, faisait les devoirs que j'aurais dû faire, et donnait les torgnioles que j'aurais dû donner, et qui, il y a deux mois, pas plus tard que cela, a tué un cuirassier énorme qui voulait me meUre à mort, sous prétexte que j'étais son rival ; une petite cafetière charmante, au café de l'Étoile, au coin de la place du Cours, vous savez... c'est une affaire qui m'a fait le plus grand honneur; j'étais le témoin de Marcel ; alors, vous comprenez, comme il a tué mon adversaire... la chose a fait bruit en province... et personne ne s'est plus frotté à moi.
DEWORDE.
Ah çà ! comment rendrez-vous jamais à 51. Marcel... vous dites que votre ami s'appelle Marcel ?...
GUILLAUMIX.
J'ai dit Marcel.
DEWORDE.
Eh bien! comment rcconnaîtrez-vous jamais de pareils services ?
CriLtAlMIN.
Oh! ils sont tout reconnus... dans mon cœur d'abord, puisque vous voyez bien, quoique vous soyez mon parent, quej'ai été loger chez lui; etpuis ensuite complaisance pour complaisance... il m'a servi dans mes duels, je l'ai servi dans ses amours.
DEWOUDE.
Ah! ah!
GUILtAUMIX.
Voilà une de ces choses qui ne me seraient pas arrivées, à moi... Une Parisienne, mon cher, une femme voilée, une femme dont moi... moi, le confident, je n'ai jamais vu la ligure ni entendu le nom.
DEWORDE.
"Vraiment? Et vers quelle époque cela?
GUII.LACMI>".
Il y a un an à peu près: mais depuis ce tempslà...
DEWORDE.
11 y a du changement?
GTJILLArMIX.
Une débâcle, mon cher ami, l'amour a fondu comme la glace au dégel ; en sorte que Marcel a quitté Tours pour suivTC son inhumaine... et moi j'ai suivi Marcel.
DEWORDE.
Oh! mais c'est du dévouement cela...
GCILLAUMIN.
Et du plus pur... l'amitié est le sentiment des belles âmes.
DEWORDE.
Silence ! voici M"* d'Illières.
GULLAUMIN.
Ah:...
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