‹ ThéâtreChapitre 909 sur 971 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE ROI, puis, DON CÉSAR,

LE ROI. Enfin !... elle est à moi!... Que ce soil l'amour ou la crainte qui la jette dans mes bras, qu'elle soit heureuse ou résignée... elle est à moi !.. . {Il va pour entrer chez Mariiana. On entend un coup de feu, et don César entre par la fenêtre.) Un homme!...

11 remonte le théâtre, tandis que César redescend et ne le voit pas.

DON CÉSAR. Vilaine façon de recevoir les gens !... Qui diable a pu me faire ce chaleureux accueil?

Le Roi redescend la scène , en observant don César.

LAZARILLE paraissant au balcon du fond, une arquebuse à la main. Don César!...

c'était don César 1...

Il disparaît.

DON CÉSAR. Hein?... ( // se retourne et aperçoit le roi. ) Pardon, monsieur, je n'avais pas l'honneur de vous apercevoir...

LE uoi. D'où vient, monsieur, que vous entriez par cette fenêtre?...

DON CÉSAR. Cela vient, monsieur, de ce que la porte était fermée.

LE ROI. Fini.ssons... que désirez-vous? .

DON CÉSAR. Ah ! si vous voulez finir vite, ne me demandez pas ce que je désire. .. j'aurais trop de choses à vous répondre.

LE ROr. Mais, enfin, le tT)otif qui vous auîène?...

DON CÉSAR, .l'ai aperçu, au balcon de cette maison, à la clarté des rayons de la lune, une femme... que je désirais voir de plus près...

LE ROI. Une femme !

DON CÉSAR. J'ai frappé h la porte, on a refusé d'ouvrir... comme je tenais à entrer, je me Suis résigné à passer par la fenêtre... c'est alors qu'on a tiré siu' moi... Sainte hospitalité, voilà comme on t'exerce ! (// ôfeson chnpeau, xme balle en tombe.) Tiens! la balle a percé mon chapeau !

LE ROI, s emportant. Mais de quel droit pénétrez-vous ici ?

DON CÉSAR. Pardon. .. si j'avais eu des droits, je les aurais fait valoir avant qu'on ne fît feu sur moi... Je demande à voir cette dame, voilà tout.

LE ROI , brusquement. Je ne veux pas que vous la voyiez !

DON CÉSAR . Comment !. . . vc js êtes donc. . ,

LE ROI. Le maître de ce logis.

DON CÉSAR. De ce logis... où se trouve h comtesse de Bazan ?. ..

LE ROI, vivernf:nt. Vous la connaissez?..,

DON CÉSAR. Tri's peu... je ne l'ai vue que pendant quelques minutes... Mais, si elle habite ici, si cette demeure est la vôtre... qui êtes- vous donc?

LE ROI, avec hauteur. Je suis... {dirigeant ses regards vers la porte de Maritana) je suis le comte de Bazan.

11 s'assied.

DON CÉSAR, ébahi. Le... le comte de Bazan?... {A part.) Par Dieu! ma famille brave la mort bien mieux que le phénix !.,. car on n'a tué qu'un Bazan, et en voilà deux qui renai-'Sent de sa cendre !

LE ROI Voyons, monsieur, je vous ai dit qui je suis... à votre tour, de me dire qui vous êtes.

DON CÉSAR d part. Parbleu! voilà un effranté menteur, et je veux...

Lazarille paraU au balcon.

LAZARILLE, bas. Chut !

DON CÉSAR, bas. Lazarille !

LAZARILLF, de même. C'est le roi !

11 disparaît.

DON CÉSAR, ôtant son chapeau. Le... le roi, ici !... à cette heure!... Et ma femme... Ah ! je comprends tout !

LE ROI. Répondrez -vous enfin?.. . quiètes vous ?

DON CÉS-^R. Qui... je suis ?...

LE ROI. Vous hésitez.. . cette question vous embarrasse.

DON CÉSAR. Mais... beaucoup, j'en conviens. {À part.) Qui diable veut-il que je sois, maintenant qu'il s'est fait tnoi?

LE ROI. Votre nom, monsieur ! je veux savoir votre nom !

DON CÉSAR. Eh bien!.. . si vous êtes don

César de Bazan {mettant fièrement son

chapeau ) moi, je suis le roi ci'fîspagne 1

LE ROI. Plaît-il ?... le roi de...

DON CÉSAR. Le roi... de toutes les Espagnes.

LE ROI. Vous êtes le roi d'Espagne ?

DON CÉSAR, s'asseyant et se ]>rélassant. Comme vous ètesdon César de Haaii... mon Dieu, oui... Ah ! cela vous étonn»'de voirsii majesté... (se reprenant ) c'e.st-à-dire, ma majesté Charles IF, s.uis .suite, au milieu de la nuit, près d'une femme qui n'est pas la sienne... Que voulez-vous, don César, «na majesté s'ennuyait, ma majesté vient se distraire... Oh ! il faut à tout prix que cctl'royale folie demeure secrète. .. mais je suis tranquille, ce n'est pas vous qui trahirez ce mvstor«.

MAGASIN THEATRAL

LE ROI, à part. L'insolent!... Mais quel peut être cet homme ?

DON CÉSAR. Ah ! ça mais, j'y songe 1... Ce don César, quevousètes... je le connais... Je connais tous mes sujets... Ce don César est un brave gentilhomme, je le sais... beau cavalier, j'en conviens... spirituel comme un démon, je vous l'accorde... [Se levant.) Mais, si j'ai bonne mémoire, ce don César a tué en duel, au mépris de notre édit, un capitaine de nos gardes... Ce don César a été jugé, condamné, exécuté... Il est ou doit être mort... et vous, que je trouve ici, bien portant, vous me dites : je me nomme don César !... [Se croisant les bras.) De quel droit vivez-vous, s'il vous plaît?... Ah ! vous êtes don César, et vous îc criez tout haut!... Mais savcz-vous que, si j'appelais, tout bon Espagnol pourrait et devrait tuer celui qui ■ déclare être don César de Bazan ?... {Froidement.) Mais ]e n'â^ipelier aï ipas.

LE ROI, qui s'est recueilli. Votre majesté oublie vite.

DON CÉSAR. Qu'est-ce que ma majesté oublie ?

LE ROI , appuyant. Elle oublie que don César de Bazan a eu la vie sauve , grâce au pardon du roi... Cette grâce a été signée h huit heures, le soir même de la condamnation, et consignée aux archives du royaume.

DON CÉSAR, à part. Ah ! j'ai ma grâce ! {Haut.) Signée à huit heures?... juste une heure après l'exécution?... Ah ! je vous ai fait grâce !. .. Ah ! j'ai été un roi généreux et clément., une heure trop tard !... (-4 part.) Je ne suis pas fâché de l'apprendre !

LE ROI. Vous voyez qu'il serait inutile d'appeler .

DON CÉSAR. Comme il est inutile de me parer d'un titre qui ne m'appartient pas. ..

LE ROI. Ah ! vous avouez ne pas être...

DON CÉSAR. Le roi d'Espagne ?. .. je l'avoue... xiussibien, vous avez dû le soupçonner un peu... n'est-ce pas?

LE ROI. Et vous êtes...

DON CÉSAR. Un homme qui peut marcher à présent à visage découvert, qui n'a plus besoin de cacher ses titres et son nom... Je suis. ..

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scÈJNE vu.

Les MÊMES, LAZARILLE.

LAZARILLE , entrant et bas. Sire, un message secret...

11 met un genou en terre et présente une lettre au roi.

LE ROI. Qu'ai-je lu!... Trahison !... La

reine a été prévenue!... elle est au palais d'Aranjuez!... Vite, mon cheval!...

LAZARILLE. Il CSt tOUt prêt.

LE ROI, le prenant à part. Tu appartiens à don José?

LAZARILLE. Je suis son plus dévoué serviteur. .

LE ROI. Aie les yeux sur cet homme.

LAZARILLE. Je ne Ic qlîitterai pas...

LE ROI. Qu'on l'éloigné d'ici, et surtout sache quel est son nom !

Il sort précipitamment.

LAZARILLE. Eh quoi ! don César , c'était vous ! .. .

DON CÉSAR. Moi , que tu as sauvé.

LAZARILLE. Et sur qui j'ai tiré un ceup d'arquebuse !. ..

DON CÉSAR. Ah bah !... Ce n'était donc qu'un prêt que tu me faisais, en me sauvant la vie... puisque tu voulais me la reprendre tout à l'heure.

LAZARILLE. Oh ! je ne soupçonnais pas que ce fût vous!...

DON CÉSAR. C'est très-bien. . . Mais on t'a ordonEiédeme faire sortir de cette maison...

LAZARILLE. En effet.

DON CÉSAR. Et si je refuse?... si je résiste?...

LAZARILLE. Résister?... contre qui?... Je suis seul ici, et je suis tout à vous...

DON CÉSAR. Brave garçon!... Si jamais je redeviens riche...

LAZARILLE. Vous me prendrez à votre service?...

DON CÉSAR. Allons douc !... je te donnerai dix laquais pour te servir... Mais, dis-moi, il y a une femme dans cette maison...

LAZARILLE. C'est vrai.

DON CÉSAR. Je veux la voir, il faut que je lui parle... va la prévenir.

LAZARILLE. C'est inutile... la voici.

MARiTANA , entrant. Un étranger I

DON CÉSAR, bas. Laisse-nous.

LAZARILLE. J'obéis.

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