SCENE X
Les Mêmes, EDITH, puis SUZANNE».
ÉDITII.
La voici!... la voici!...
LA COMTESSE, à part.
Elle!...
SUZANNE, entrant.
Est-ce que je suis en retard?
MADAME TAVERNIER
Dix minutes en avance... Nous avons le temps de causer!
LE COLONEL
Belle miss...
Colonel!... (Aia comtesse.) Je vous apporte une belle lettre de Wellington!...
É 1)1 TU, à Suzanne.
Avez-vous froid?... avez-vous chaud?... voulez-vous...?
SUZANNE
Je ne veux rien, chère enfant,, que nous mettre à l'ouvrage !
MADAME TAVERNIER, à Suzanne.
Sachez d'abord que je vous emmène en Normandie!...
LA COMTESSE, vivement.
Ne me l'enlevez pas !
LE COLONEL, riant.
Mais, vraiment, vous êtes merveilleuses, mesdames! vous vous disputez miss Suzanne!
1. Le colonel, madame Tavernier, Suzanne, Edith, la comtesse.
MADAME TAVERNIER
C'est tout simple... Nous l'exploitons!
LA COMTESSE
L'exploiter!
MADAME TAVERNIER
Sans doute!... moi, pour ma fille !... et vous...
Et moi?...
MADAME TAVERNIER
Vous... pour les mémoires du général... Aussi) je vous promets de vous la rendre dans un mois... (On s'assied*
SUZANNE, gaiement.
Il faut d'abord que je consulte le gouverneur.
MADAME TAVERNIER
Le gouverneur!...
LE COLONEL
Qu'est-ce que cela, le gouverneur?
EDITH
Je le sais, moi !... c'est le nom qu'en Amérique les enfants donnent à leur père.
LE COLONEL
J'aime assez ce mot de gouverneur; cela représente l'autorité, la discipline.
EDITH, remontant derrière le canapé.
Mais pas du tout!... ce ne sont même pas les pères qui marient leurs filles!...
LE COLONEL
Qu'est-ce qui les marie donc, alors?
SUZANNE, très simplement.
Elles-mêmes.
LE COLONEL
Elles-mêmes?... (a Suzanne.) Mais enfin, ce gouverneur.., il faut pourtant lui demander son consentement. i. Le colonel, madame Tavernier, Suzanne, la comtesse, Edith.
SUZANNE
Oh! oui! après.
LE COLONEL
Comment, après? Après quoi? après le mariage?
S U Z A N N E, très simplement.
Non, après que la jeune fille a fait son choix.
LE COLONEL
C'est la jeune fille qui choisit?
SUZANNE
Cela me paraît assez juste, puisque c'est elle qui s'engage.
LE COLONEL
' Oui! mais c'est le gouverneur qui donne la dot!
SUZANNE
Une 'dot?.'., qui lui demande une dot?
LA COMTESSK.
Comment* en Amérique, les jeunes filles...?
SUZANNE
En Amérique,... les jeunes filles ne sont pas forcées d'acheter... leur mari; un honnête homme les trouve assez richement dotées, quand elles lui apportent en mariage un cœur droit et une vie sans tache... Mais, ici, je ne peux pas m'empôcher de rougir quand j'entends parler mariage !... on se croirait à un marché!... toujours ce mot humiliant: « Combien a-t-elie? » Elle a... ce qu'elle est !
MADAME T A V E R N I E R, à la comtesse, lui montrant Suzanne.
<Juel noble regard !
SUZANNE, riant.
Je suis sûr que le colonel va trouver que je lui gâte sa fille!