‹ Théâtre Avec préfaces (volume 2)Chapitre 174 sur 193 · SCÈNE VII Les Mêmes, PAUL · texte numérisé non relu

SCÈNE VII Les Mêmes, PAUL

PAUL, à la cantonade.

Bien ! si ces dames y sont... (A Suzanne.) Mademoiselle, me voici libre, et...

SUZANNE, allant à lui.

Monsieur de Brignoles, je vous ai toujours cru et je vous crois encore un homme incapable de mensonge.

PAUL

Et vous avez raison, mademoiselle, mais que veut dire... ?

SUZANNE

Eh bien, je vous prie de répondre nettement à ma demande.

Parlez.

su ZANNE.

Est-il vrai qu'en venant ici et en me disant que vous m'aimiez, vous vouliez faire de moi votre maîtresse ?

PAUL

Quoi ?

i. Marthe, Paul, Suzanne.

MARTHE, à part.

Oh! elle a des manières d'aborder les questions...

SUZANNE

H. 'pondez sans détour. Ètes-vous venu ici dans ce dessein ?

PAUL, après un moment de silence.

Oui, mademoiselle !

MARTHE, à part.

Hein ! Un homme sincère ? Je n'y suis plus !

SUZANNE

Merci de votre franchise, monsieur, et adieu !

PAUL

Veuillez m'écouter, mademoiselle; je n'ai pas achevé et je désire que mademoiselle Marthe m'entende aussi. Vous avez sans doute oublié notre première entrevue, si prosaïque, si peu théâtrale; mais, moi, je ne l'oublierai jamais, car elle a décidé de ma vie. (A Marthe.) Je revenais de Courbevoie... ; à peine monté dans la voiture, je m'apereus, à ma grande confusion, que je n'avais pas ma bourse. Déjà j'allais donner mon nom au conducteur, quand j'entendis à mon côté une petite voix très douce qui me disait : « Voulez-vous me permettre de payer pour vous, monsieur?»

MARTHE, à Suzanne.

C'était toi !

SUZANNE

Sans doute ! Je voyais quelqu'un dans l'embarras, je lui offrais de lui venir en aide.

MARTH K.

Il n'y a qu'elle au monde pour avoir des idées pareilles 1

PAUL

Vous dites bien, il n'y a qu'elle! Eh bien, le croiriezvous ? je ne compris pas. Nous autres jeunes gens, nous sommes si sottement vaniteux...

MABTIIE.

Je suis trop polie pour vous contredire.

PAUL

Qu'au lieu devoir dans ces grands yeux limpides et sur ce candide visage tout ce qu'il y avait d'adorable ingénuité, et d'aimable pitié dans cette action, ma fatuité ne trouva pas trop invraisemblable une de ces conquêtes de premier regard que nous croyons volontiers faites pour nous, fringants traîneurs de sabre; et, quand je demandai... quand j'obtins de venir ici acquitter ma dette, je me présentai en irrésistible.

SUZANNE, avec dignité.

Monsieur de Brignoles !...

PAUL

Ne me reprochez pas de vous avoir ainsi calomniée, car mon erreur, à mesure qu'elle se dissipa. . . vint ajouter à ma tendresse tous les charmes de la surprise... Vous ne pouvez pas savoir l'effet que produisit sur moi ce mélange d'un esprit orné, d'une âme sans fard, et de ce caractère gaiement énergique, qui est le propre des êtres qui font leur vie eux-mêmes. Alors, chère Suzanne, je vous aimai pour votre origine, je vous aimai pour vous avoir méconnue, je vous aimai parce que vous m'aviez sauvé.

SUZANNE

Moi !

PAUL

Un seul regard de vous lit ce miracle ! Ce que l'on éprouve en passant tout à coup d'un cloaque ténébreux dans un pays tout illuminé de la clarté du soleil... je l'éprouvai, moi, en sortant d'un cœur vil et corrompu, pour pénétrer dans le vôtre... Oui, je passai avec ravissement du plus affreux de tous les supplices... le supplice

d'aimer ce que l'on méprise... h la plus pure de toutes les ivresses... la joie de respecter ce que l'on aime.

SUZANNE, à Marthe.

Entends-tu ? entends-tu ?

MARTHE

Oui, j'entends ! mais la fin ? le dénoûment ? (a Paul.) Votre mère?

Ma mère!... elle va venir, n'est-ce pas?

SUZANNE

Oui.

PAUL

Eh bien... c'est moi qui la recevrai... et je vais lui demander son consentement à notre mariage.

SUZANNE

Quoi ?

MARTHE

Hein !... là, tout de suite !... (a part.) Je n'y comprends plus rien !...

SUZANNE

Une voiture !

PAUL

C'est elle ! Laissez-nous l

SUZANNE

0 Marthe !

MARTHE

Eh bien, oui! c'est un brave garçon..., j'en conviens... Mais la fin ?

PAUL

Je l'entends... Allez et fiez-vous à moi. (Elles sortent toutes

deux par la gauche.)

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