SCÈNE PREMIÈRE
Au lever du rideau, CRÉON et le Peuple de Corinthe entourent ORPHÉE. — JASON est à gauche de Créon.
CRÉON, à Orphée.
Enfin, je te revois, mortel aimé des dieux,
El Phébus-Apollon rend Orphée à nos yeux!
A peint1 une rumeur incertaine, étouffée,
Fit-elle dans ces murs courir le nom d'Orphée,
Que j'ai hâté in. -s pas, pour saluer en toi
Le bienfaiteur de ceux, qui me nomment leur roi.
ORPHÉE
: able Créon, cher peuple de Corinthe, Pour tant d'affection dans vos regards empreinte, Que pourrai-je donc taire ou plutôt qu'ai-je fait?
CRÉON
Ami. ton seul retour est un premier bienfait; Nous t'appelions! Demain, ma chère et douce 011e Quitte pour Un époux notre toit de famille,
Et, pour cette union, mon prévoyant amour
A choisi dans le mois le quatrième jour,
Le jour cher à Vénus! Cependant les victimes
Ne semblent présager que désastres ou crimes...
Mais tu reviens, j'espère! En priant avec nous,
Tu vas des immortels détourner le courroux,
Car notre encens, nos vœux, les chants du coryphée
Ne montent jusqu'au ciel qu'avec la voix d'Orphée.
JASON
Pour un joueur de luth, que d'honneurs, ô Créon! Eh! que ferais-tu donc pour un guerrier?...
CRÉON
Jason, Je sais ce que je dois à ton ardent courage : Des pirates, toi seul, tu purgeas ce rivage, Et les dragons détruits, les loups exterminés, Les fleuves frémissants dans leur lit enchaînés, Les monstres abattus, tout, à notre mémoire Rappelle tes travaux, tes bienfaits et ta gloire ; Mais nous devons bénir son nom comme le tien.
JASON, avec ironie.
Eh bien! qu'il t'offre donc aujourd'hui son soutien! Des sauvages tribus qu'il désarme la rage!...
ORPHÉE, avec calme.
Ami, je pourrais bien tenter ce grand ouvrage.
JASON, souriant.
Comment?... avec ta lyre!
Et quelques grains de blé
JASON
Tu parles donc toujours un langage voilé?
CRÉON, à Orphée.
Que veux-tu dire, ami?
MEDEE. 339