OR PHI K
Parfois, dans mes voyages, Quand le sort me conduit chez des hordes sauvages Qui vivent de la chasse ou bien de fruits grossiers, Je leur offre en présents quelques pains nourriciers; A peine savourés, ils en désirent d'autres : n J'en ai là dos milliers pour vous et pour les vôtres, » Leur dis-jo. et jouissant de leur étonnement, Je leur présente alors quelques grains de froment : i Mettez ces grains en terre, et le sol de vos plaines
»us rendra plus de pains qu'il n'a reçu de graines. « — Quand donc? demain? — Oh! non! il faut d'abord demain « Briser, ouvrir, sarcler cette terre... » Soudain,
<»ilà travailleurs. — « Quitter la vie errante... » Et bientôt la cabane a remplacé la tente. — « Vous faire des outils... » Ils façonnent le bois, Ils aiguisent le fer;... puis, un matin, je vois, Quand dos pleurs de la nuit les plaines sont couvertes, Je vois du blé naissant pointer les têtes vertes! « Remerciez les dieux, » leur dis-je. — Et la maison Voit s'élever près d'elle un autel de gazon, Et de la piété, du travail, c'est-à-dire Du petit grain de blé, naissent, grâce à la lyre, Et l'amour du logis, et l'amour de la paix, L'instinct de la famille avec tous ses bienfaits, Le mariage enfin, cette première pierre D'où part en s'étageant la cité tout entière!
Illustre conquérant! voilà donc tes exploits?...
ORPHÉE
Conquérant, tu dis vrai! je le suis! Que de fois, Contemplant l'Hellespont du haut des monts tranquilles, Et voyant au soleil étinceler ses îles, Que de fois m'écriai-je : 0 durs rochers et vous,
Peuples au cœur de fer, vous m'appartiendrez tous !
Lorsque la muse aura civilisé Gorinthe,
Je m'élance à Naxos, à Délos, à Zacinthe,
Semant partout les lois et le blé, jusqu'au jour
Où devenus enfin maîtres à votre tour,
Hellènes, vous ferez pour le reste du monde
Ce qu'aura fait pour vous celui qu'un dieu seconde,
Et que la Grèce, assise au bord de ses deux mers,
Fanal éblouissant, luira sur l'univers!
Alors, Jason, alors, la terre, aux jours de fête,
A l'égal du héros bénira le poète,
Près des Pirithoûs, fiers vainqueurs des lions,
Placera les Linus, vainqueurs des passions,
Et la postérité peut-être osera dire
Que nous apprivoisions les ours avec la lyre,
Que les rocs nous suivaient, et qu'à nos seuls accents
D'eux-mêmes s'élevaient les murs obéissants!
Mais, que fais-je? mon cœur, emporté par la muse,
Se perd dans l'avenir... Revenons à Creuse...
A Créon.
Tu m'as parlé d'hymen?
CRÉON
Oui.
ORPHÉE
Les dieux en courroux T'épouvantent, dis-tu?... Quel est donc son époux?
CRÉON
Ne le pressens-tu pas?
ORPHÉE
Non.
CREON, montrant Jason .
C'est lui!
MBDEB. 241
ORPHÉE
JV m'abuse...
Jason !
JASON, avec hauteur.
Sans doute!
ORPIIKE.
Lui! lui! l'époux de Creuse!
JASON, bas à Orphée .
Silence !
CRÉON, à Orphée.
Qu'as-tu donc, et quel trouble est le tien? Pourquoi cette pâleur sur ton front et le sien?
Roi, pour quelques instants permets- moi de me taire, El souffre cependant un conseil salutaire. D'Apollon Lycien le prêtre vénéré Rend, non loin de ces murs, son oracle inspiré; Soumets à ce grand dieu tes craintes légitimes; Et moi, je vais ici consulter les victimes, Interroger le cœur des mortels, et mes yeux Y liront le motif d<4 ce courroux des dieux.
CRÉON
j!obéis à la voix.
Créon sort avec sa suite et le peuple.