‹ Théâtre Avec préfaces (volume 2)Chapitre 98 sur 193 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CREUSE, LA NOURRICE, Canéphoi

CREUSE

Déesse à la chaste ceinture, Déesse au léger brodequin, Reçois, avec ma chevelure, Ces riants trésors du matin. Ils croissaient dans une vallée Que jamais encor n'a foulée Le pied des troupeaux insultants ; La faux respecte ses corbeilles, Et l'aile ardente des abeilles Y voltige seule au printemps.

BfBDÉE. 247

Semblable au vallon solitaire, J'ai longtemps vécu sous tes yeux, De mes jours n'ouvrant le mystère Qu'aux seuls rayons venus des cieux :

Mais la vallée ombreuse et sainte A vu paraître en son enceinte Le coursier aux brûlants naseaux; Et soudain, saluant son maître, Sous ses pieds se plut à lui mettre Ses fleurs, ses tapis et ses eaux.

Pardonne, ô déesse! pardonne, Si je déserte dans ce jour, Pour la maternelle Latone, Ta jeune et virginale cour.

L'amour parle, l'amour m'entraîne, L'amour dont la loi souveraine Fait tout plier, excepté toi!

Ta mère a connu sa puissance, Le monde lui doit ta naissance !

Pardonne-moi ! . . . pardonne-moi ! . . .

(La musique s'arrête, et Creuse s'adresse à sa nourrice.)

Chère nourrice, mets aux pieds de la statue La fleur de mes cheveux par le fer abattue, Et nous, au temple même, allons, avec nos vœux, Déposer les fruits mûrs et les pains savoureux.

(Elles entrent dans le temple, au bruit de la musique qui recommence doucement et qui s'éteint peu à peu.)

Page 1