OCT V VI
Mais...
LOUISE
Mais... puisqu'il r.nit vous h» dire. Monsieur, le bal de
A DEUX DE JEU. o5
ce soir n'est pas un bal ordinaire... C'esl un duel ! c'est une rencontre définitive entre Madame et la marquise de Blossac! (Mouvement dOctavc.) Je VOUS fais jiigc Yous-mômc, Monsieur. Au dernier bal de Tambassade d'Autriche, Madame avait fait faire chez Worth, ou, si vous l'aimez mieux, Worth avait fait pour Madame . . . ou plutôt. . . non. . . Madame et Worth avaient composé ensemble,... car Worth a beaucoup d'audace, d'invention... mais il manque peut-être un peu... de... Non! non! il ne manque de rien!... Mais Madame a une sûreté de jugement... un tact dans la hardiesse!... Enfin... ils avaient donc composé ensemble une robe cerise... une merveille ! Madame entre dans le bal et faisait déjà éblouissement,... lorsque la marquise de Blossac, qui avait su la toilette de Madame par une ouvrière de Worth... qu'elle avait gagnée... car c'est une vénalité!... des intrigues!.. On se croirait sur le turf... La marquise de Blossac entre donc avec une robe... devinez de quelle nuance?... Ponceau!... Or, Monsieur sait ce que fait le ponceau à côté du cerise ! ... 11 l'affadit, il le blafarde, il l'éteint!... Et voilà la toilette de Madame détrônée!... Voilà Madame vaincue!... Oh! Monsieurpeutm'encroire, je n'en ai pas dormi delanuit !..
OCTAVE^ qui a tiré sa montre pendant quelle parlait et qui a compté les minutes, la remet dans son gilet quand Louise s'arrête.
Quatre-vingts secondes!...
LOUISE, repartant.
Mais, heureusement, voici une autre fôte, et le jour de la revanche est arrivé!... Madame ne dit rien... parce que Madame est très fière!... Mais, je le vois à son air... elle se prépare!... De plus, nous devonssavoir,parM'"''-deLuxeuil, la toilette de notre ennemie... Or, Monsieur comprend bien que ce n'est pas dans un moment pareil...
OCTAVE
Avez-vous fini?...
o6 COMEDIES EN UN ACTE.
LOUISE, avec résignation.
S'il le faut...
OCTAVE
« S'il le faut» est charmant! (Avec force.) Je vous ordonne, Mademoiselle, de retourner près de votre maîtresse... et de lui dire que M. Octave de Néris est ici, non pour lui, mais pour elle; que l'affaire la plus importante m'amène, et qu'il faut, vous m'entendez bien! qu'il faut qu'elle m'accorde une heure d'entretien !
LOUISE
Une heure!... Ah! bon Dieu!... une heure!...
Est-ce que vous ne m'avez pas entendu?
LOUISE
Mais...
OCTAVE
Allez! Et quant à cette coiffure de bal, elle arrivera tonjours à temps ; car madame la marquise ne la mettra i
LOUISE, éperdue.
Madame ne mettra pas cette coiffure?...
OCTAVE
Pas d'observations!... Allez!...
LOUISE, s'éloignant.
Quel accent dans sa voix!... (Sur un geste d'Octave.) J*ob
Monsieur!... J'obéis, (ei'o -.. ....... i-aite.)
SCKNE 11
OCTAVE, seul.
Allons!.., voici le moment. Je ne manque pas (l> solution d'ordinaire, mais j'ai pour. Rude mission, que colle que j'ai acceptée là! Que va dire cette jeune fera-
me ? Et ces préparatifs de fête ! ... Et ce bal ! . . . C'est peutêtre pour lui qu'elle veut triompher!... Et venir jeter au milieu de tous ces rêves de coquetterie et d'amour cette sombre histoire!... Oh! c'est tout simplement horrible.
Je m'en vais. (Il fait un pas pour sortir, puis revient). NOU ! UU intérêt sacré, un devoir m'amène. Je parlerai! Je remettrai
ces lettres. (Il tire un paquet de lettres, et les regarde.) MystéricUX
témoins de tendresse... de passion! Tristes messages de douleur!... Que va-t-clle dire en vous recevant?... La voici!... (La marquise paraît.) Qucl grand air! Quels yeuxl Oh! le malheureux!... je comprends tout!