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GOMME LE TEMPS PASSE

, COMEDIE EN UN ACTE ET EN PROSE

Roprcseniée pour la première fois, sur le Théâtre Loucois, le 23 nocemhre 1803 (1" frimaire an XII)

Et depuis que je i'ai vu trois quarts d'heure durant cracher dans un pnils pour faire des ronds....

Molière, Misanthrope, acte V, scène IV.

Cette petite pièce obtint un très-grand succès. J'ai souvent fait la remarque que c'est celle de mes comédies où j'ai été le plus économe, d'esprit. Il y a peu de traits, mais il y a du naturel, de la vérité, de la vivacité dans le dialogue; il y a surtout un caractère bien pris sur le fait, s'annonçant, se développant et se soutenant d'une manière satisfaisante depuis le premier mot jusqu'au dernier.

Un homme de beaucoup d'esprit m'en fournit le sujet. S'amuser, me dit-il, c'est quelque chose ; mais muser vaut bien mieux : et il part de là pour me faire un éloge très-piquant du bonheur d'un homme qui n'a rien à faire, ou plutôt qui perd son temps à des riens. Je n'oubliai pas une seule de ses paroles, et depuis il les a toutes reconnues dans ma comédie.

Je craignais d'être froid et lent. Je me sentis sauvé quand j'eus trouvé pour caractère d'opposition celui de M. Lerond, homme actif qui va droit au fait et ne perd pas une minute. Le rôle de madame Musard, s'impatientant des lenteurs de son mari, me parait aussi assez heureusement imaginé. Enfin, en donnant à Musard de l'impatience, de la colère et des préventions, en faisant promener ses lenteurs, ses digressions, ses musarderies sur une grande variété d'objets, je me suis garanti du danger de la froideur et de la monotonie.

Parmi le peu de critiques que l'ouvrage essuya, il

eu est une que je m'étais faite h. moi-même. Pourquoi faire de Musard un négociant? c'est l'état !<' plus incompatible avec son caractère. C'est vrai ; mais il en résulte (|ue c'est l'état pour lequel un pareil caractère est le plus dangereux. Pour faire ressortir un caractère, il faut le mettre en opposition avec tout ce qui l'entoure. Ici le caractère est en opposition avec l'état du personnage. Je cherchai d'ailleurs à pallier ce défaut en disant (|ue Mui^ard a renvoyé, deux mois avant le moment où je le mets en scène, le connnis <pii jusque-là av,»!» ••••• > In lôle de sa maison de commerce.

J'indique avec soin et avec franchise tuules les sources où j'ai puisé. J'avais lu le Négligent de Dufresny. Je ne me rappelle pas (ju'en le lisant j'eusse pensé à faire M. Musard. Je le relus quand un journaliste prétendit que j'avais pris ma comédie dans celle de Dufresny, qu'il mettait d'ailleurs bien audessus de la mienne. Personne ne professe plus de vénération que moi' pour les ouvrages des maîtres de la scène; mais pour(|uoi perpétuellement, et sans nulle exception, exalter les morts aux dépens des vivants? Je donnerais plusieurs de mes comédies pour r Esprit de co7itradiction , mais je crois que Monsieur Musard vaut mieux que le Négligent.

La principale cause du succès de Monsieur Musard, c'est qu'à la différence de presque tous les autres défauts mis en scène , chacun avoue franchement qu'il est atteint de celui-ci. Personne ne veut être avare, joueur, glorieux. Tout le monde consent à être musard. Que dis-je? on s'en fait gloire ou au moins on s'en fait une excuse. C'est un caractère rjui n'exclut ni l'esprit, ni l'honneur, ni la bonté. Quel

homme de génie j'aurais été, dit en confidence tel honnête homme à sa femme, si je n'avais été un vrai musard ! Quelle fortune j'aurais faite, dit tel autre, si j'avais donné mon temps à mes affaires! Je suis tout feu pour obliger mes amis, dit un autre, mais le temps passe si vite ! Aussi combien de gens ont prétendu que j'avais pensé à eux! que de femmes m'ont répété : C'est mon mari que vous avez voulu peindre !

PERSONNAGES

MONSIEUR MUSARD, négociant de

Saint-Quentin M. Vigny.

MADAME MUSARD, sa femme. . . M-"*» Molk.

EUGÈNE, leur fils M. Barbirr.

LEROND, négociant de St-Quentin. M. Picard aînt'

SOPHIE, sa fille M"« Adbunk.

DELAIGLE, maître d'hôtel garni. . M. BossRr.

JOSEPH, domestique de Musard. . . M. Armand.

UN HUISSIER M. Valvillr.

UN COMMIS M. Thknard.

UN MARCHAND de baromètres. . . M. Edouard. DEUX PORTEURS.

La scène se passe à Paris, dans un hôtel garni.

Le théâtre représente un salon commun ri deux appartements. A droite de l'acteur, une fenêtre au 2* plan; au 3«, la porto de l'appartement de Musard; une porte au fond; à gauche, au 2* plan, la porte de l'appartement de Sophie ; à droite, un peu avant la fenêtre, une toilette ouverte; à gauche, un peu avant la porte do Sophie, une table sur laquelle il y a ce qu'il faut pour écrire; un bocal avec des poissons rouges : la canne, le parapluie et le chapeau de Musard, sur un fauteuil au fond à gauche, et son habit sur un fauteuil au fond à droite.

Nota. — Les acteurs sont inscrits tels qu'ils doivent ôtro au tlit^itra le premier inscrit tient la droite dos acteurs.

COMÉDIE

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