‹ Théatre. Avec une introdChapitre 134 sur 342 · MADAME MUSARD, MUSARD · texte numérisé non relu

MADAME MUSARD, MUSARD

{ Au lever du rideau, Musard. en robe de chambre et les cheveux roulés, est occupé à regarder des poissons dans un bocal sur une table ; il s'amuse à agiter l'eau avec une plume pour les faire remuer.)

MADAME MUSARD, entrant.

Eh quoi! monsieur Musard, vous n'êtes pas sorti? vous n'êtes pas habillé? vous n'êtes pas coiffé? mais dix heures vont sonner.

MUSARD^ tirant sa montre.

Qu'est-ce que vous dites donc, ma femme?... C'est vrai! Ah! mon Dieu ! comme le temps passe! 'Allons j allons, je serai bientôt prêt. J'achevais d'écrire le journal de mon voyage, et je regardais ces petits poissons rouges dans un bocal : cela orne un salon, n'est-ce pas ? Ma. foi, mon lils nous a logés dans un très-bon hôtel ; rien n'y manque.

MADAME MtJSARD.

Mais vous avez ce matin les affaires les plus importantes pour vous, pour votre fils, pour moi. Vous m'aviez bien promis que, dès le lendemain de votre arrivée à Paris, vous feriez vds courses, vos visites ; et vous vous amusez à regarder des poissons rouges dans un bocal !

MUSARD

Eh bien, quoi ? ces courses, ces visites, je m'en vais les faire.... Va, sois tranquille, toutes ces affaires im-

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portantes qui te tracassent, c'est moins que rien; en une matinée j'aurai tout arrangé.

MâDAMB musard.

Moins que rien! le mari de feue ma sœur, qui, apre> nous avoir écrit des lettres cliarmanles, pleines d'amitié, où il nous proposait de transiger à l'amiable, s'avise de nous envoyer une citation, et qui veut plaider à toute outrance contre moi, pour la succession de mon grand-père.

IfUSARD.

C'est un chicaneur, je le mettrai à la raison.

MADAMB MUSARD.

Votre fils, que nous avons envoyé à Paris pour travailler, qui était sur le point d'obtenir la place de recr Veur de l'enregistrement à Saint-Quentin, où nousommes établis, et qui tout d'un coup voit ses amis d les vôtres lui tourner le dos quand il les rencontre, et lui fermer leurs portes quand il va les voir.

MUSARD

Mon fils est jeune, il aura fait quelque fredaine qu'il iious cache. Je verrai tous ces honnêtes gens-là : il aura la place.

MADAME MUSARD

Enfin M. Forlis, notre correspondant, qui ne veut jplus vous envoyer de marchandises, et qui prétend TOUS forcer par huissier à compter avec lui*

MUSARD

Très-mauvais procédé de sa part ! procédure encore plus mauvaise ! On verra mes comptes; c'est lui qui est mon débiteur, jd le parierais.

MADAME MUSARD

Je n'en doute pas, vous avez raison sur tous les points ; mais vous finirez par avoir tort, si vous tardez, si vous

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uiaisez, si vous ne sortez pas, si vous ne vous occupez pas lrès-sérieu<ement de vos affaires.

MUSARD

Eh bien, ne t'amuse donc pas à bavarder, si tu veux que je m'en occupe.

MADAME MUSABD.

Ah ! combien vous avez eu tort de renvoyer, il y a deux mois, ce jeune homme, ce commis, qui entendait mieux votre commerce que vous !

MUSARD

J'ai eu tort.... un brouillon, un homme impatient, qui venait à tout moment me relancer pour des comptes, pour des signatures, dans mon jardin, dans mes sociétés, au café, au billard ; qui m'empêchait d'être à mon jeu.

MAHAME MUSARD.

Oui : mais il faisait vos affaires, et elles allaient bien. Depuis que vous vous en mêlez, elles vont tout de travers. M. Lerond, votre perpétuel antagoniste, l'a piis avec lui, et s'en trouve bien.

MUSARD

Ah, parbleu! je ne le lui envie pas; ils sont à merveille ensemble : M. Lerond! un homme que je déteste.

MADAME MUSARD

Mais habillez-vous donc, je vous en prie. Tenez, voilà votre fds que son impatience' amène , et que vos lenteurs mettent au désespoir.

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