‹ Théatre. Avec une introdChapitre 223 sur 342 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LISE, lisant.

« Monsieur, je revenais de sauver un riche proprié- » taire de nos environs d'une maladie incurable, lorsque » j'ai appris en même temps l'évasion de ma fille, sa » retraite chez son cousin le comédien, et la mort de » ce respeclable parent.

MADAME FLORIDOR

Que veut dire ceci, s'il vous plaît?

FLORIDOR

Gela veut dire que je suis mort. Continuez.

AUGUSTE, lisant.

» Je me félicite que mon cousin ait choisi pour son » exécuteur testamentaire un aussi galant homme que » vous paraissez Têtre. Comme nous sommes en va- » cances, je pars en même temps que ma lettre pour » assister à l'ouverture du testament, morigéner et » ramener mon fugitif, et présenter mes hommages et » l'expression de mes regrets à la veuve Floridor, ma » cousine, avec laquelle je brûle de faire connaissance.

LISE, lisant.

» Comme il n'y a pas beaucoup de maladies cet au- » tomne, j'arriverai aussitôt que ma lettre. Je regrette » de n'avoir pas été appelé pour la maladie de mon cou- » 'sin : j'ai assez confiance dans mes faibles talents en » médecine pour croire que je l'aurais sauvé.

FLORIDOR

C'est bien d'un médecin.

AUGUSTE, lisant.

» Si la succession entraîne quelque procès, suivant » l'usage, nous nous entendrons tous les deux en bons » confrères, pour les terminer, ou plaider à outrance, » s'il y a lieu. »

MADAME FLORIDOR

C'est bien d'un avocat.

FLORIDOR

Comme ils connaissent loiis les deux mon écritm j'ai fait écrire mes lettres par le cîerc du juge de pii j*ai sijrné hardiment Dorval, homme de loi; j'ai doni le mot aux voisins, à la poste. Il y a trente ans qui n ne m'ont vu; ils ne me reconnaîtront pas, et je les attends. Je leur ai mirqué que la veuve Floridor avait provisoirement placé Lise dans une honnête pension de demoiselles; que j'avais envoyé Âui^uste à deu\ lieues chez un ami; que la veuve s'était retirée pour quelque temps chez une voisine. Ainsi vous pouvez vous renfermer tous les trois dans l'appartement de ma femme, et me laisser seul avec eux pour 1»^ ])etii projet que je médite.

M.VDAMB FI.ORIDOII.

Oh! non pas, j'en veux être; je ne suis pas fâchée <1 profiter de l'occasion; j'ai de bonnes vérités à leur dii 11 y a dix ans que je n'ai joué la comédie, mais je retrouverai tout mon talent pour me bien moquer d'eux.

AUGUSTE

Pour vous bien moquer d'eux? Mais c'est ce que Li

et moi no devons pas souffrir.

FLORIDOR

Cela ne vous regarde pas, c'est mon affaire : vous leur devez respect et soumission; mais moi qui ne suis que leur cousin.... me venger d'eux, c'est justice. C'est mon élat, d'ailleurs, qu'ils ont attaqué; c'est mon état que je veux venger. Leurs utiles professions ne seront ni moins honorables ni moins honorées parce que je me serai un peu égayé aux dépens de quelques individus qui les exercent.

AUGUSTE

Mais enfin, mon cousin, expliquez-nous donc...

LISE

Je brûle de .«^avoir....

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