ACTE 11 F, SCENE I
MADAME SAINT-LAURE^'T
Il ne faut pas trop accuser votre fils. Il paraît que ma fille y amis un peu de coquetterie. Ils s'aimaient dans leur enfance ; en grandissant, ils s'aimaient encore.
SAINT-LAURENT
C'est tout naturel.
MADAME SAINT-CLAIR
Ne vous serait-il donc pas possible, une fois dans votre vie, mes chers parents, d'aller franchement à votre but, sans toutes ces petites préparations dont je ne suis pas dupe? Où voulez-vous en venir? A me persuader que vos enfants s'aiment. Cela m'étonne; c'est possible, pourtant. Après? vos intentions? quelles sont-elles ?
MADAME SAINT-LAURENT
Eh! ma tante, avons-nous une intention?
BARDOLIN.
Nous vous demandons les vôtres.
MADAME SAINT-CLAIR
N'êtes-vous pas la mère de Louise?
MADAME SAINT-LAURENT
Oui.
MADAME SAINT-CLAIR
N'êtes-vous pas le père d'Anatole ?
BARDOLIN.
Je le crois.
MADAME SAINT-CLAIR
Qui peut vou^; empêcher de marier vos enfants à votre fantaisie ?
C'est juste; mais nous avons pour vous tant de respect.
i06 LA YIEILI.K TANTf.
' MADAUK SAINT-I.AURBNT.
Tant de confiance dans votre amitié !
SAINT-LAURRNT.
Moi, je déclare que je ne ferai rien sans volrr av«'u.
MADAME SAINT-CLAIR
Expliquez-vous : est-ce un conseil, est-ce un consentement que vous me demandez ?
MADAME SAINT-I.AURKNT.
C^est Tun tît Tautrc.
MADAME SAINT-CLAIR
L'un et Tautre. Eh bien, je vous conseille de les marier. Je donne même ce consentement auquel vous tenez tant, et dont vous n'avez pas besoin. Mais, comme je pense qu'il faut surtout consulter Tinclination des jeunes gens qu'on marie, s'aiment-ils? Voilà ce qu'il faut me prouver.
SAINT-LAURENT
Ils s'adorent.
MADAME SAINT-CLAIR
Avez-vous surpris quelque lettre, quelque discours. quelque aveu ?
Nous avons leurs aveux.
SAINT-LAURRNT.
Leurs propres aveux.
BARDOLIN.
J'ai fait appeler mon fils. Le voici; vous pouvez l'interroger.
MADAME SAINT-LAURENT
Moi, je cours chercher ma fille. {Eiio«ort.)
MADAME SINCLAIR
Je vous attends.
ACTIi III, SCENE 11. 107