ACTE I, SCÈNE VI 29f
BÉCLARD
Certes.
LAMBERT, sc Calmant un peu.
Je puis aussi dire, sans vanité, Que nul congé par moi ne fut sollicité?
BÉCLARD
C'est encor vrai.
LAMBERT
J'aimais cette existence active; Avec tristesse.
Maintenant...
BÉCLARD, impatienté.
Maintenant?
LAMBERT
Après ce qui m'arrive...
BÉCLARD, avec un intérêt mêlé de mauvaise humeur.
Que t'arrive-t-il donc? Parle, et sans différer...
Avec attendrissement.
Quoi! tu pleures? Jamais je ne te vis pleurer...
scè;^e VI
LAMBERT, BÉCLARD, SOPHIE, au fond du théâtre,
un bouquet à la main,
LAMBERT, très ému.
Ah I C'est que je reçois une lettre accablante. Ma mère... Ton m'écrit que ma mère est mourante.
BÉCLARD
Mourante?
LAMBERT
A la revoir je suis bien décidé.
Portant la main à son front.
Et réclame un congé de deux mois.
BÉCLARD, vivement.
Accordé, Accordé de grand cœur. Pars, vole, ta présence Et tes bons soins pourront la rendre à 1 existence. Mais, si le sort avait prononcé contre toi, Reviens vite, mon vieux, la pleurer avec moi.
Il ouvre ses bras à Lambert qui s^ y précipite.
LAMBERT
O mon cher Général!
SOPHIE, à part.
Quel cœur! Quelle noblesse!
LAMBERT, S* exaltant.
O le meilleur des chefs!... mon respect... ma tendresse. Que vous êtes pour moi bon et compatissant!
BÉCLARD, d'un ton bourru.
Non, je ne suis pas bon, je suis reconnaissant.
LAMBERT, d'un ton plus bourru encore.
Si fait, vous êtes bon; je le sais bien peut-être, Je le sais mieux que vous!...
Avec tendresse.
Adieu, mon digne maître!
BÉCLARD, avec feu.
Dis plutôt ton ami, ton ami vrai, loyal...