ACTE I, SCÈNE Vil
Le temps et le danger ont rendu tout égal.
Adieu.
// lui tend une main que Lambert presse avec transport.
SCÈ^E VII
SOPHIE, au fond du théâtre ; BÉCLARD. Le général s'assied et prend son livre. Sophie s* avance sur la pointe du pied, dépose son bouquet sur la table, un baiser sur le front chauve du vieillard^ et s'enfuit.
BÉCLARD, avec agitation et à part.
Ciel I qu'est-ce ?. . . Eh bien ! . . . C'est insensé. . . Mon âge Gravement.
Veut que je mette un terme à cet enfantillage...
Haut.
Espiègle, revenez, et parlons... sans détour.
Elle s'approche. Quelle étrange façon de donner le bonjour !
SOPHIE, très émue.
Ahl pardon, cher parrain. C'est que... vous voyant lire.
J'ai craint de vous troubler... Puis, faut-il vous le dire?
J'étais là quand Lambert est parti; j'ai tout vu.
En écoutant, mon cœur s'est tellement ému
Que, pour cacher mes pleurs, j'ai fui votre présence...
Avec affection.
Pourtant, je devais croire à votre bienfaisance, Moi, qui vous vis toujours sympathique au malheur! A la guerre, on louait votre rare valeur;
Dans la paix, vous offrez, monsieur, d'autres modèles : Les bonnes actions ont remplacé les belles.
BÉCLARD, emharrassé et satisfait.
Flatteuse!...
Gravement,
Occupons-nous d'objets plus importants.
Quand, comme toi, ma chère, on touche à dix-huit ans,
Uun ton ferme, 11 faut se marier.
SOPHIE, nonchalamment.
Je n'en ai nulle envie.
BÉCLARD, avec humeur.
Et c'est fort mal penser. Écoute-moi, Sophie: Ton père fut pour moi le meilleur des amis, Et j'exerce aujourd'hui les droits qu'il m'a remis. Ces divers soupirants, qui te blessent la vue, Sont-ils à dédaigner? Passons-les en revue.
Solange est le premier qui vint se proposer?
SOPHIE, toujours avec indolence.
Je ne le connais pas assez pour l'épouser.
BÉCLARD, ironiquement.
C'est juste, épouse-t-on les gens sans les connaître? Mais tous, ma chère enfant, n'ont pas ce tort peut-être ; Ainsi, que penses-tu d'Octave de Fabien?
SOPHIE, très vivement.
Oh ! lui, c'est diff^érent, je le connais trop bien.
BÉCLARD, souriant de sa vivacité.
Trop peu I trop bien ! Vraiment, tu ine fais de la peine. A ton âge, Sophie!...
SOPHIE, avec un tendre reproche.
Est-ce que je vous gêne?