ACTE II, SCÈNE X ^4f
Oscar de grands talents n'est pas favorisé, Et je le savais bien, lorsque je l'épousai.
SOPHIE, cérémonieusement .
Mais, s'il en est ainsi, tu m'apprendras toi-même Ce qui t'a décidée à le chosir?
ADÈLE, gaîment.
Je l'aime.
SOPHIE, étonnée.
Et pourquoi l'aimes-tu?
ADÈLE, naïvement.
Même âge, même goût.
Et le plus doux accord de sentiments sur tout. Lorsque ma bouche exprime un vœu, rien ne lui coûte.
Avec volubilité.
Que je veuille sortir, il n'a jamais la goutte ; Si j'éprouve un chagrin, il en est attristé.
Et dès que je veux rire, il a de la gaîté.
SOPHIE, avec intérêt.
Et pas un incident ne trouble ton ménage?
ADÈLE
Si fait; parfois peut-être il s'élève un nuage. Oscar est vif, il est pétulant et brouillon.
Baissant un peu la voix et s* attendrissant.
Mais, ma chère, il est jeune, il a souvent du bon!... On pardonne beaucoup aux gens de cette espèce.
D'un ton grave.
Je ne t'ai pas tout dit, Sophie; à ma tendresse Des droits bien plus touchants, plus vrais lui sont acquis.
SOPHIE, vivement.
Et quels sont-ils?
ADÈLE, avec effusion .
Il est le père de mon fils!...
Gaîment et rapidement.
Je suis mère déjà d'un enfant que j'adore; Et toi, qui les aimais, en as-tu?
SOPHIE, les yeux baissés.
Pas encore.
ADÈLE, avec pétulance.
Mais dépêche-toi donc, ma chère, il en est temps.
Posant la main sur son cœur.
On n'est pas marié, quand on n'a pas d'enfants.
Sophie devient rêveuse»
Une autre qualité, c'est sa douceur parfaite.
Reprenant son débit rapide.
11 en a tant et tant, que cela m'inquiète; Il faut, soir et matin, que l'on guide ses pas; Quand je suis là, c'est bien, mais quand je n'y suis pas! Mon Dieu, que gouverner est chose difficile, Même sans Députés!...
SOPHIE, avec douceur.
J'y serais inhabile.
Et j'ai pris le parti d'obéir.
ADÈLE, indignée.
D'obéir?...
SOPHIE
C'est mon devoir de femme, et je sais le remplir.
ADÈLE
Obéir! obéir! ah! fi, quelle bassesse!