ACTE II, SCÈNE VI fl
CATHERINE, accourunt avec un sourire, Qu'avez-vous donc appris, monsieur?
MARTIN, à voix basse.
C'est qu'aujourd'hui Un voisin m'est venu conter certaine histoire. Cette orpheline...
CATHERINE
Eh bien?
M A RT I N, partant à V oreille de Catherine,
...Chacun semble le croire...
CATHERINE, avec aplofuh.
Vous vous trompez; j'ai, moi, d'autres renseignemens. Béatrix est ici depuis moins de seize ans, La jeune fille en a dix-huit, c'est impossible.
MARTIN, mécontent.
Ainsi donc, leur vertu vous paraît inflexible. Vous la garantissez?
CATHERINE, vivenieut.
Je ne dis pas cela.
Au contraire.
MARTIN
Le mot de cette énigme-là?
CATHERINE
Voici ce qu'on prétend dans notre voisinage.
Ensemble, leur conduite a toujours été sage, Mais séparément, non ! Écoutez bien ceci :
Avant de demeurer dans ce village-ci, Béatrix a vécu chez monsieur Lhirondelle,
f2 LE PRESBYTÈRE
Et, pendant ce temps-là, que de propos sur elle!... Quant au curé, je sais, mais à n'en douter pas. Qu'entre vingt-cinq et trente il a fait un faux pas.
Baissant les yeux dévotefnent.
Je tiens tous ces détails d'une pieuse femme, Qui me les a, monsieur, garantis sur son âme.
MARTIN, réfléchissant.
Ces renseignemens-là s'accordent assez bien Avec ceux que j'ai pris... Ah! ah! l'homme de bien, Vous avez vos raisons pour prêcher l'indulgence.
CATHERINE
Comparez avec vous! Dieu, quelle différence!
MARTIN
Au moins nous n'aimons rien, nous sommes vertueux. Restons dans cet état, fuyons les vicieux.
CATHERINE
Oui, fuyons tout le monde.
MARTIN
Avec eux on s'expose, Et nous sommes les seuls qui valions quelque chose. Si mes supérieurs savaient m'apprécier!...
Or ça, faisons la paix, il faut tout oublier. Je vois tant de rapports entre nos caractères!
CATHERINE
C'est vrai. Quand il s'agit de nous, de nos affaires, Sans doute votre avis est rarement le mien; Mais toujours sur autrui nous nous entendons bien. Rendons-nous donc heureux.
Heureux! heureux, ma chère î