‹ ThéatreChapitre 88 sur 253 · ACTE I, SCÈNE III IH · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III IH

J*étais, dans ce moment, moins qu'un dieu, plus qu'un roi. Le lendemain d'un jour si fortuné pour moi, Quand, le cœur plein encor d'émotions si chères, Et tout chargé de prix, j'allai voir les bons pères. Mon principal me dit avec paternité :

Vous entrez aujourd'hui dans la société; L'avenir est à vous, le passé vous protège.

Vous fûtes, mon ami, le premier au collège :

Indubitablement vous le serez partout; Choisissez un emploi, vous êtes propre à tout.

— Dès-lors qu'il ne s'agit que de vouloir, mon père. J'ai, de tout temps, aimé le métier de la guerre : Mon choix est fait. — A quoi le vieillard répondit : C'est justement le seul qui vous soit interdit.

Qui n'a pas traversé l'École militaire, Languit sous-officier et meurt dans la misère. Ainsi, sur d'autres points consultez votre goût. Car, excepté cela, vous êtes propre à tout.

— Si j'étais commerçant? — Oh! c'est une autre affaire. Est commerçant qui veut, la loi laisse tout faire;

Sous ce rapport du moins entière liberté.

Cependant I... un obstacle a toujours existé.

Il faut, pour exercer le commerce ou la banque,

Des capitaux nombreux, et c'est ce qui vous manque.

Ainsi, réfléchissez, consultez votre goût;

A cela près, mon fils, vous êtes propre à tout.

— Avocat? — Pour le coup, vous êtes raisonnable! Avocat, cet emploi me paraît convenable.

Point de frais de patente et d'établissement; Il faut, pour réussir, des talents seulement; Et vous ne craignez pas d'être mis à l'épreuve. Allez donc, défendez l'orphelin et la veuve!

Pourtant!... ce choix présente une difficulté;

If2 LE BACHELIER DE SÉGOVIE

Mais c'est la seule. Il faut suivre la faculté Pendant trois ou quatre ans; il faut rester peut-être Cinq ou six ans encor pour se faire connaître. Vous ne le pouvez pas; consultez votre goût; A cela près, mon fils, vous êtes propre à tout.

Devenant sérieux.

Ce discours me surprit sans m'ôter le courage. J'expliquai sa froideur par les glaces de Tâge, Et j'allai, sur l'avis qui m'en était donné, Voir le corrégidor qui m'avait couronné.

Ou je m'étais beaucoup exagéré ma gloire.

Ou bien ce magistrat a fort peu de mémoire :

C'était le lendemain de mon ovation.

Et je fus obligé de lui dire mon nom.

J'osai solliciter de sa bonté puissante La place de greffier en ce moment vacante.

Vous greffier, mon ami ? dit-il : apparemment. Vous oubliez qu'il faut un cautionnement?...

Je sentis la rougeur me monter au visage; Mais, contenu devant un si grand personnage, Mon orgueil descendit bientôt à le prier

Humbîetnent, De me nommer du moins commis de ce greffier.

Mais un commis, dit-il, vous l'oubliez encore. Doit savoir par état ce que son chef ignore.

Leur gestion diffère essentiellement :

Car l'un a le travail, l'autre le traitement. Avez-vous les talents que cette place exige?...

Avec orgueil.

Mais je suis bachelier, seigneur, lui répondis-je. — Vous êtes bachelier? Le beau titre en effet! Bachelier!... Ainsi donc, vous savez ce que c'est Qu'un archonte, un consul, et vous seriez sans peine

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