ACTE I, SCÈNE I. i
Sous un faste imposant des corps dont la mollesse
Faisait mentir le fer qui chargeait leur faiblesse.
Je jurai d'asservir ces fantômes guerriers;
Je Pai fait. Dans leurs rangs , arme pour leurs foyers ,
J'ai prodigue ces jours dont leur foule est ayare;
J'ai rougi de mon sang les flèches du Tartare;
J'ai livre cent combats , Alrar; et le dernier,
En me créant leur chef, te fit mon prisonnier.
J'entrai dans Bënarés par mes mains deliyrëe j
Je -roulais contempler cette ville sacrée ,
L'admirer et la fuir. Insensé , j'espérais
La fuir pour mon vieux père et mes tristes forêts.
D'un peuple adulateur l'ardente idolâtrie,
Ces mots , nouveaux pour moi , de gloire et de patrie ,
Ces prodiges des arts, ce bruit des instrumens ,
L'encens et l'aloés autour de moi fumans,
D'un essaim de beautés la danse enchanteresse.
Tout pénétra mes sens de langueur et d'ivresse ,
i6 LE PARIA.
Mais N^ala parut , et dans ce cœur dompté
Je sentis s'amollir un reste de fierté' :
Je fléchis le genou , je vis une immortelle ,
Et mon front maigre' moi se courba devant elle.
ALVAR
Oui , ce jour m'est pre'sent j elle tous couronna Des lauriers suspendus à l'autel de Crisna.
Jamais plus de beauté' , jamais plus d'innocence , N'ont soumis nos respects à leur double puissance. He'las ! c'était ainsi que dans des jours plus beaux La vierge des chre'tiens bénissait mes drapeaux.
IDAMORE
Je l'aimai ; je connus ce premier esclavage Qu'embrasse avec transport une âme encor sauvage , Ce tumulte des sens et ces brûlans désirs , Ces craintes , ces fureurs dont il fait des plaisirs j Je connus cet amour qui charme et désespère.
Que voulais-tu de moi, vain souvenir d'un père?