‹ ThéatreChapitre 2 sur 92 · XV · texte numérisé non relu

XV

saivre au fond des déserts; à ce prix l'hymen s^acbève, et la cérémonie a lieu sur la scène ; Zarès , qui est aux aguets , se croit trahi par Idamore y et accourt en répétant à grands cris qu'il est un Paria. Le grand-prétre , indigné qu'un homme impur ait Qsé profaner l'enceinte sacrée, ordonne la mort de Zarès. Idamore se jette au devant du coup fatal , et se déclare Paria , en proclamant Zarès pour son père. Efiroi, consternation , trouhle général ; on emmène Néala évanouie. Les soldats et le peuple aban<^ donnent Idamore. Akébar convoque le conseil.

Idamore est condamné à être lapidé ; la sentence s'exécute. Le fidèle Alvar, qui n'a point voulu abandonner son ami , est enveloppé, on ne sait trop pourquoi, dans son supplice.

Néala Veparaît , mais son époux n'existe plus. «< Que venezF-vous chercher ? »» lui dit Akébar. ^ Mon père! >» et elle se précipite dans les

( ^vj ) bras de Zarès , qui , avant de se remettre en route avec elle pour sa solitude, accable Akébar de ses malédictions , et lui annonce la vengeance céleste par cet hémistiche , le dernier de la pièce : « Pontife, il est des dieux! »

Le plan de cette tragédie n'en est pas la partie la plus irréprochable , et cependant je me plais à reconnaître que, malgré les invraisemblances que l'on y a remarquées , il est plus sage et plus régulier que celui des Vêpres siciliennes. Il n'y a rien dans le Paria , que l'on puisse comparer ni à la présence inaperçue de Procida et de trois cents conspirateurs dans le palais même du vice-roi , ni au som?meil de Montfort , que trois avis dififérens ont instruit, dans le jour même, de Texistence de la conspiration , ni à la folie de Lorédan , qui se tue par amitié pour un homme qui voulait tuer sou père , et qui lui enlevait sa mai-

( xvij ) tresse. Cependant voici quelques questions que j'adresse^ sous la forme du doute, à M. Casimir Delavigne :

Est-il vraisemblable qu'étranger à la tribu des guerriers , dans un pays où la distinction des castes est si sévèrement maintenue y Idamore soit parvenu au suprême commandement de cette tribu , sans qu'on se soit informé de sa famille et de sa patrie ?

Que seulj à la tête de soldats peints comme des lâcbes et des efféminés , il aitaffrancbi son pays du joug des Portugais?

Qu'Akébar trahisse devant un prêtre subalterne le secret de ses impostures , le ridicule de ses pratiques , la cruauté de sa politique sacrée?

Que Zarès , reconnu par Idamore , alors investi de la toute-puissance , ne soit pas protégé efEcaccment contre les dangers que la

( 3tviij ) découverte de sa qualité de Paria peut lui faire courir?

Qu'au moment du danger qui menace Idamore , Néala n'intervienne pas comme médiatrice entre son père et son époux y et qu'un évanouissement seul motive l'absence de ces scènes pathétiques et touchantes que la situation amenait si naturellemejit, et qui auraient jeté tant d'intérêt et de mouvement dans les derniers actes ?

Qu'Alvar, qui n'a subi ni jugement ni condamnation , soit lapidé avec Idamore ?

Et qu'enfin Akébar se laisse enlever sa fille par un Paria qui l'outrage et qui le maudit ?

Je connais d'avance la* réponse à toutes ces questions. Sans doute y ces invraisemblances existent, et cependant la pièce confirme les présages que les premières productions de M. Delavigne avaient fait concevoir ; on y re-

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marque les procès sensibles d'un talent distingué. La versification en est brillante; un grand nombre, un trop grand nombre peut-être de descriptions j étincellent de beautés poétiques du premier ordre. La pensée est souvent revêtue des couleurs de l'imagination ; il y a donc beaucoup à attendre d'une muse à laquelle on ne peut imputer encore que des fautes de jeunesse , et qui donnerait peut-être moins d'espérances si elle montrait plus de raison et de maturité. Acceptons , j'y consens , cette heureuse compensation , et, surtout, montrons assez d'égards et d'estime à M. Delavigne, pour ne pas lui prodiguer de pernicieuses adulations.

Racine mettait deux ans à mûrir le plan d'une tragédie, et lorsque ce plan, purgé des £iutes inséparables d'une première conception , corrigé , remis vingt fois sur le mé-

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