‹ ThéatreChapitre 81 sur 92 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Du poids de ses regrets je prendrai la moitié^ Sa douleur sur mon sein coulera moins amére ! Vous lui laissez un fils : qu^me rendra mon frère ?

IDAMOHE.

Prends soin de fuir les lieux où mes restes ëpars

Viendraient sur votre route effrayer ses regards.

t N'attendez pas la nuit , partez : crains pour toi-même «

Le sort contagieux d'un réprouve' qui t'aime.

Il ne pourra demain t'accorder son appui :

Ce jour quj va sVteindre est le dernier pou^lui.

L'arrêt porte' par eux et qu'un hëraut proclame ,

Ordonne que la mort réservée à l'infâme ,

Au lâche, au meurtrier, qui n'ont point de tombe^gix ,

De mon corps lapidé disperse les lambeaux.

ALVAR

Et je vous quitterais, alors que leur vengeance

Rassemble autour de vous l'outrage et la soufirance ,

Présente à vos esprits ce trépas doulour««x

i6a LE PARIA.

Comme un affreux chemin à des maux plus affreux!... J'écarterai de tous ces images funèbres ^ • ^

Je fermerai vos yeux ^ J*irai dans les ténèbres Vous creuser un asile, et /trompant leurs mépris , De ce devoir furtif honorer yos débris.

Qui d'eutr'eux tou^ rendrait ce dangereux hommage? Je l'oserai moi seul....

IDAMORE

£h ! qu'importe à ma rage Que mon coips en pâture aux vautours soit livré , Qu d'un bûcher pompeux par leurs mains entouré ? Qu'oit l'abandonne aux vents , que le vautour dévore Celui qui les ût vaincre et qui fut Idamore ! Et viennent à ce bruit, du fond de l'Occident , Ces chrétiens renversés par mon seul ascendant. J'appelle en ces climats leurs flottes vengeresses': Ils reviendront, Alvar, ils ont vu nos richesses. Qu'ils descendent , pareils aux insectes ailes ,

ACfE V, SCÈNE II. i63

Par un souffle brûlant dans les airs rassemblés j Qu'ils inondent nos bords j qu'ils changent cette terre En une arène ouverte où renaisse la guerre j Qu'ils portent dans ses murs l'épotivante et la croix j Qu'ils détrônent ses dieux , qu'ils écrasent ses rois ; Que leur foule étrangère et balaye et remplace Les lâcRes possesseurs endormis sur sa face ; Pour adieux, en partant, pour prix de ses trésors , Lui laissent des débris , de la cendre et des morts j Et quelques châtimens que me garde là tombe , Si ce peuple est puni, s'il pleure , s'il succombe', J'oubltrai mes revers en apprenant les siens , Et l'horreur- de ses maux finira tous les miens ! ^LVAR.

Dans quels vœux vous égare une aveugle furie ! Quels que soient avec nous les torts de la patrie , Le fils qui la maudit , ce fils dénaturé Prouve qu'elle était juste et meurt désespéré.

i64 LE PARIA.

Mais TOQs! AhJ crojez-moi, quand votre heure est prochaine,

G>mme un i>oids importun déposez votre haine.

Les turbulens transports par la rage inspires,

La soif de voir punis ceux par qui tous souffrez ,

« N*aident point à franchir ce pénible passage.

De ma religion le précepte plus sage

Nous apprend , que Toubli de nos ressentimens •

Verse un calme inconnu sur nos derniers momens,

Nous dit de pardonner même a qtli nous immole j

11 eu /ait un devoir, et ce devoir console.

IDAMORE

Tes discours dans mon cœur font descendre la paix , Et , nouveau pour mes yeux, d'où tombe un voile épais. Je ne sais quel espoir m*éclaire et me ranime : Je combattrais encor pour l'état qui m'oppiime. Mais c'en est fait, Alvar , non , je ne dois plus voir Les étendards flottans dans les airs se mouvoir ; Non, je n'entendrai plus le signal des batailles j

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