SCENE II Chez Zdagna
GIBBONE
Et tu me jures, sorcière, que ton philtre produit bien tous les effets que tu viens de me dire ? La personne
166 TIIÉATllE CHIMERIQUE
qui l'aura bu me verra tel que je veux paraître et non tel que je suis?
Oui, c'est cela.
Et elle fera exactement ce que je lui commanderai?
Exactement.
Qui me répond de ta véracité ?
ZDAGNA
Toi-même.
GIBBOXE
Moi-même ! Je ne te comprends pas.
ZDAGNA
Goûte ce breuvage, et tu verras si je mens.
GIBBONE
Donne, (ii boit.) Ah! Zdagna, que tu es jolie ! Combien je t'aime !
ZDAGNA
Prends-moi donc !
(Gibboue lui obéit et l'accole.) GIBBONE
Oh ! délices ! délices !
ZDAGNA
Maintenant, le charme est fini. Car il dure une heure seulement. Réveille-toi !
GIBBONE
Horreur ! C'est toi que je viens de... toi, toi, vieille !
ZDAGNA
Moi-même. Grâce au philtre, tu m'as vue telle que je voulais te paraître et tu as fait ce que je t'ai commandé. Crois-tu à mon philtre, à présent?
GIBBONE
J'y crois. Donne.
ZDAGXA
Mais, un instant! Quel prix m'offres-tu? Je suis une pauvre vieille et j'ai besoin de beaucoup d'argent. Tu n'ignores pas que la vie est dure.
GIBBONE
Si la vie te semble dure, la mort te sera certainement douce. Voici donc le prix de ton philtre, vieille !
(Il la tue et Yole le philtre.)