DON J L' A N
Il n'y a pas de femme maigre.
SGAXAHELLE
Enfin, s'il faut tout avouer à Monseigneur, savieillesse ne se contente pas d'éclater aux regards ; elle pue au nez, elle pue positivement.
DON JL'AX
Qu'entends-tu par cette métaphore, maître bavard?
SGAXARELLE
Il n'y a point là de métaphore. Je parle en toute réalité. Cette vieille pue la caducité, le chanci, la moisissure, la cave, le tombeau.
DOX JUAN
Voudrais-tu insinuer que c'est un fantôme?
SGANARELLE
Je ne suis pas éloigné de le croire.
DO.N JL'AX
Et tu laisses pareille aubaine se morfondre à ma porte ! Ah ! misérable ! Est-ce la peine de m'avoir servi si longtemps, pour me connaître si peu? Quoi ! tu sais combien je suis las de mes bonnes fortunes, toujours les mêmes, las de la jeunesse, de la fraîcheur, de la beauté, las de la vie; et tu ne comprends pas quel désir excite en mon cœur blasé cette vieille, cette maigre, cette décrépite, ce spectre. Mais la voilà peut-être enfin, l'aimée que je cherche. Cours, cours après elle, si elle s'est fatiguée d'attendre. Cours, et dis-lui qu'elle entre, et qu'elle est la bienvenue !
(Sort l>gauarelle.)
LINCO'.NUE 301
SCEXE II
DON JLAN
Il me semble que je l'aime déjà, cette femme. Eu t ûut cas, jamais, j'en suis sûr, je ne me suis senti mieux disposé à aimer. Vieille, caduque, fleurant le sépulcre! Ah! quel rêve! Quel délicieux rêve! Pourvu qu'elle ait un nom qui me plaise! Un nom que je n'aie pas encore entendu ! Hélas 1 de ces noms-là. il n'en estplus dans le calendrier.