‹ Théâtre choisi de Calderon;Chapitre 17 sur 165 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

GIL, MENGA, GIL.

Qui nous verrait maintenant, Menga, quoique cela nous coûte cher, ne dirait-il pas que c'est ici le Peralvillo du village (i) ?

MENGA.

Viens par ici, Gil, car je ne puis marcher.

GIL

Menga, viens d'abord me détacher ; et je te détacherai aussitôt.

MENGA.

Viens-y le premier toi ; tu parles hors de propos.

(i) Suivant Damas Hinard Peralvillo est un bourg près de Ciudad-Rodrigo où la justice était expéditive; il traduit ainsi : « on ne pourra pas dire que ce n'est pas ici le Peralvillo du pays. »

GIL

Veux-tu dire qu'il viendra quelqu'un ? Je gage qu'il ne viendra ni un muletier chantant sa chanson gaîment, ni un étudiant occupé à manger, ni un pèlerin marmottant des oraisons, tout cela se trouve sur tous les chemins, mais sur celui-ci tout cela manquera. Mais, c'est ma faute (il écoute). Il me semble que j'entends des voix de ce côté, (criant) Arrivez vite. Seigneur, venez bien à propos pour me tirer d'un embarras où je suis depuis quelques instants.

MENGA.

Si par hasard, seigneur, vous cherchez une corde par cette forêt, je puis vous en procurer une.

GIL

Celle-ci est plus grosse et meilleure.

MENGA.

Moi, comme je suis femme, j'espère bien trouver un remède à mes peines.

GIL

Ne pensez pas à la galanterie ; détachez-moi le premier.

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