SCÈNE IX
Les précédents , tirso, bras, curcio, octave.
TIRSO
C'est de ce côté qu'on entend la voix.
GIL
Tu brûles.
TIRSO
Gil, qu'est-ce que cela veut dire ?
Le diable est malin ; détache-moi, Tirso, et je te conterai mon malheur ensuite.
CURCIO.
Qu'y a-t-il ?
MENGA.
Venez bien à propos, seigneur, pour punir un traître.
CURCIO.
Qui vous a mis dans cet état ?
GIL
Qui ? Eusèbe, qui en effet dit... Mais que sais-je ce qu'il dit ! il nous a laissés ici dans un pareil embarras.
TIRSO
Ne pleure pas ; car il a été très généreux aujourd'hui envers toi.
BRAS
Il ne s'est pas si mal conduit, puisqu'il t'a laissé Menga.
GIL
Ah, Tirso I je ne pleure pas, de ce qu'il n'a pas été compatissant.
TIRSO
Pourquoi donc pleures-tu ?
GIL
Pourquoi ? parce qu'il m'a laissé Menga. Il a enlevé celle d'Antoine, et au bout de six mois, qu'elle
54 ía dévotion a la croix.
avait disparu, Antoine retrouve un jour sa femme. Nous fêtâmes cette trouvaille par un bal superbe, et il dépensa cent réaux.
CURCIO.
(i) ... Que j'arrive à entendre de telles horreurs sur ce barbare ? Qui vit jamais pareil malheur ?
MENGA.
Comme il veut s'en défaire ! jusqu'aux femmes, nous prendrons, si vous voulez, les armes pour venger votre offense.
GIL
Qu'il fréquente ce lieu, c'est très certain ; et cette procession de Croix, que vous voyez, elles sont, seigneur, pour autant d'hommes qu'il a tués.
OCTAVE
C'est ici la partie la plus retirée de la forêt. CURCIO.
Ce fut ici, ô ciel, que je vis ce prodige d'innocence et de chasteté, dont, téméraire que je suis, j'ai tant de fois offensé la beauté par mes doutes ; je ne puis me refuser à croire un miracle si évident.
OCTAVE
Quelle nouvelle fantaisie, seigneur, crée votre imagination ?
CURCIO.
Ce sont des douleurs, Octave, qui déchirent l'âme, et mes chagrins, qui me pressent de publier ma faute, comme je refuse à ma langue de les raconter, vont me sortir par les yeux. Faites, Octave, que cette
(i) On a supprimé quelques vers peu décents.
troupe que je suis me laisse seul, afin qu'ici, entre vous et moi, j'adresse mes plaintes au ciel.
OCTAVE
Soldats, allons, dépêchez-vous.
BRAS
Que dites-vous ?
TIRSO
Que demandez-vous ?
GIL
Epluchez-vous, n'entends-tu pas? nous allons vous épouiller (ils s'en vont).