‹ Théâtre choisi de Calderon;Chapitre 18 sur 165 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les précédents , tirso, bras, curcio, octave.

TIRSO

C'est de ce côté qu'on entend la voix.

GIL

Tu brûles.

TIRSO

Gil, qu'est-ce que cela veut dire ?

Le diable est malin ; détache-moi, Tirso, et je te conterai mon malheur ensuite.

CURCIO.

Qu'y a-t-il ?

MENGA.

Venez bien à propos, seigneur, pour punir un traître.

CURCIO.

Qui vous a mis dans cet état ?

GIL

Qui ? Eusèbe, qui en effet dit... Mais que sais-je ce qu'il dit ! il nous a laissés ici dans un pareil embarras.

TIRSO

Ne pleure pas ; car il a été très généreux aujourd'hui envers toi.

BRAS

Il ne s'est pas si mal conduit, puisqu'il t'a laissé Menga.

GIL

Ah, Tirso I je ne pleure pas, de ce qu'il n'a pas été compatissant.

TIRSO

Pourquoi donc pleures-tu ?

GIL

Pourquoi ? parce qu'il m'a laissé Menga. Il a enlevé celle d'Antoine, et au bout de six mois, qu'elle

54 ía dévotion a la croix.

avait disparu, Antoine retrouve un jour sa femme. Nous fêtâmes cette trouvaille par un bal superbe, et il dépensa cent réaux.

CURCIO.

(i) ... Que j'arrive à entendre de telles horreurs sur ce barbare ? Qui vit jamais pareil malheur ?

MENGA.

Comme il veut s'en défaire ! jusqu'aux femmes, nous prendrons, si vous voulez, les armes pour venger votre offense.

GIL

Qu'il fréquente ce lieu, c'est très certain ; et cette procession de Croix, que vous voyez, elles sont, seigneur, pour autant d'hommes qu'il a tués.

OCTAVE

C'est ici la partie la plus retirée de la forêt. CURCIO.

Ce fut ici, ô ciel, que je vis ce prodige d'innocence et de chasteté, dont, téméraire que je suis, j'ai tant de fois offensé la beauté par mes doutes ; je ne puis me refuser à croire un miracle si évident.

OCTAVE

Quelle nouvelle fantaisie, seigneur, crée votre imagination ?

CURCIO.

Ce sont des douleurs, Octave, qui déchirent l'âme, et mes chagrins, qui me pressent de publier ma faute, comme je refuse à ma langue de les raconter, vont me sortir par les yeux. Faites, Octave, que cette

(i) On a supprimé quelques vers peu décents.

troupe que je suis me laisse seul, afin qu'ici, entre vous et moi, j'adresse mes plaintes au ciel.

OCTAVE

Soldats, allons, dépêchez-vous.

BRAS

Que dites-vous ?

TIRSO

Que demandez-vous ?

GIL

Epluchez-vous, n'entends-tu pas? nous allons vous épouiller (ils s'en vont).

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