SCÈNE II
LISARD, CALLEBASSE.
CALLEBASSE
Jolie ruse, seigneur ! Suivons-la, jusqu'à ce que nous sachions quelle est cette femme si trompeuse.
LISARD.
Ce serait une faute de la suivre, Callebasse, quand elle se cache si soigneusement.
CALLEBASSE
C'est vous qui parlez ainsi ?
LISARD.
Oui.
CALLEBASSE
Vive Dieu î je la suivrais jusqu'aux portes de l'enfer !
LISARD.
Que me doit-elle, imbécile, dis-moi, après m'avoir parlé pendant quatre jours en cet endroit, pour que je lui cause un chagrin, quand elle a voulu m'éviter?
callebasse, à part.
Il a dû se lever matin durant ces jours. LISARD.
Maintenant que nous sommes seuls, et que nous restons ici, examinons quelle peut être cette femme qui se cache si bien.
CALLEBASSE. Examinons. Dites-moi, qu'avez-vous pensé de ce que vous avez vu et remarqué ?
LISARD.
De ce langage si distingué, de ce costume si élégant, j'ai pensé, que ce devait être quelque femme noble, qui, là où elle n'est pas connue, se plaît, en se cachant et en se déguisant, à parler et à voir. Et comme je suis étranger, elle m'a choisi dans ce but.
CALLEBASSE
J'ai une idée bien meilleure, moi.
LISARD.
Eh bien, ne te tais pas, dis-la.
CALLEBASSE
Une femme qui s'en vient ainsi parler à qui ne peut la voir, et qui désire se montrer bavarde et ennuyeuse, c'est, Dieu me damne î une laide très adroite, qui a voulu nous pocher avec son babil.
LISABD.
Et, si je l'avais vue, moi, et qu'elle fût belle comme un ange ?
CALLEBASSE
Vive Dieu ! vous m'avez attrapé. C'est alors la dame fantôme qui veut revivre.
LISARD.
Allons, bien ! quelle qu'elle soit, on le saura demain.
CALLEBASSE
Vous croyez donc qu'elle viendra demain ?
Si elle ne venait pas, je n'aurais perdu qu'un peu ou pas du tout de mon fol espoir.
IOÓ MOISON A DEUX PORTES.
CALLEBASSE
Se lever matin un jour de plus, serait-ce perdre peu de chose ?
LISARD.
L'affaire qui m'amène m'a obligé à me lever matin, je ne le dois pas à cette aventure.
CALLEBASSE
Elle doit demeurer près de notre maison. Car on l'a perdue de vue, quand nous sommes arrivés chez nous.
LISARD.
Il doit être tard.
CALLEBASSE
Oui, car je vois sortir en s'habillant celui qui nous donne l'hospitalité à tous les deux.