‹ Théâtre choisi de Calderon;Chapitre 6 sur 165 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les précédentes ', EUSÈBE.

EUSÈBE

Personne n'est assez hardi, à moins qu'il ne soit désespéré, pour chercher un asile dans la maison de

sa victime. Avant que la belle Julie sache la mort de Lisard,je voudrais lui parler. Car je trouve un remède à mon cruel sort, si, ignorant mon forfait, l'amour la décide à s'enfuir avec moi ; et quand elle viendra à savoir le destin malheureux de Lisard, elle fera contre fortune bon cœur, se voyant en mon pouvoir. Belle Julie !

JULIE

Qu'est-ce que ceci ? Toi, dans cette maison ?

EUSÈBE

La rigueur de mon sort et ton amour m'ont fait braver ce danger.

JULIE

Mais pourquoi es-tu entré ici, pourquoi cet acte de folie?

EUSÈBE

Parce que je ne crains pas la mort.

JULIE

Mais quel est ton but ?

EUSÈBE

Je veux aujourd'hui, Julie, te décider à donner une nouvelle vie à mon amour, un paradis à mon ardeur. J'ai su combien mes soins offensent ton père, que notre amour lui est connu, et qu'il prétend que tu prennes demain le parti qu'il désire, pour que mon bonheur et mon espérance soient perdus. Si c'était de l'affection, si c'était de l'amour, le sentiment que tu m'as témoigné ; s'il est vrai que tu m'as aimé, s'il

est certain que tu m'as désiré, viens avec moi. Tu vois bien qu'il n'est pas possible ici de te soustraire à l'obéissance que tu dois à ton père. Laisse ta maison, et ensuite songe qu'il y aura mille moyens d'arranger tout. Car, quand tu seras en mon pouvoir, il est impossible qu'il ne fasse pas contre fortune bon cœur, et qu'il n'accepte pas l'offense. J'ai des maisons de campagne pour te mettre en sûreté, des gens pour te défendre, de la fortune à l'offrir, et un cœur pour t'adorer. Si tu veux me donner la vie, si ton amour est véritable, décide-toi, ou la douleur va te rendre témoin de ma mort.

JULIE

Ecoute, Eusèbe..,

ARMINDE.

Mon maitre vient, Madame.

JULIE

Ah ! Dieu !

EUSÈBE

La fortune pourrait-elle montrer plus de rigueur envers moi ?

JULIE

Pourra-t-il sortir?

ARMINDE.

Pas possible qu'il s'en aille. Déjà votre père frappe à la porte.

JULIE

Cruel accident !

Terrible embarras ! que ferai-je ?

JULIE

Il faut te cacher.

EUSÈBE

Où?

JULIE

Dans ce cabinet.

ARMINDE.

Vite, j'entends ses pas. (Eusèbe se cache.)

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