SCÈNE VI
Les précédents, don Félix.
FÉLIX
Où, Lisard?
LISARD.
Je ne sais comment je pourrais vous cacher, ni comment vous dire ce qui m'arrive à Ocana. Avezvous à faire en ce moment ?
FÉLIX
Moi ; non, de toute la nuit,
LISARD.
Non ?
FÉLIX
Non ; car le feu qui m'embrase, sans doute pour accroître son ardeur, m'accorde une trêve en ce moment.
LISARD.
Eh bien ! je veux vous confier sans crainte le souci qui m'occupe. Si j'ai interrompu jusqu'ici le récit que j'avais commencé, ce fut par égard pour vous. Mais ayant su maintenant que rien ne peut vous concerner, et comme vous êtes ce que vous êtes, je m'en vais aujourd'hui vous confier tout le secret de mon amour. Venez avec moi, pour ne pas perdre de temps, et vous apprendrez d'étranges aventures.
Allons. Vous me rendrez un vrai service, en me distrayant du chagrin qui me remplit le cœur : parce que à mal d'amour, l'amour est un antidote.
C ALLEE ASSE
Et moi, que dois-je faire ?
LISARD.
Attendre ici que. nous revenions. (Ils sortent tous deux.)
CALLEBASSE
Patience ! nous sommes bons de rester à nous taire, sans rien voir, ni rien entendre ! Quand l'état de valet n'a d'autre plaisir, d'autre satisfaction que d'écouter pour savoir, et de savoir pour parler, on me prive même de ce plaisir, en se cachant de moi. Mais cela ne se passera pas ainsi, aussi vrai que Cal-
lebasse est vivant. Car pour la même raison qu'il se garde ici de moi, moi je dois le suivre. Derrière eux, pas à pas, j'irai enveloppé de mon manteau ; car, si ce que je soupçonne, je ne l'épie pour pouvoir en parler, à quoi bon être son valet? (Il soü.)