SCÈNE XIV
Une chambre.
FÉLIX tenant MARCELLE par la main, dans V obscurité. Ils disent les premiers mots avant d'entrer ; par ime autre porte entrent laure et SYLVIE ; HERRERA derrière le théâtre.
FÉLIX
Holà ! apportez de la lumière ici !
HERRERA
Je l'apporte de suite, si mes yeux endormis peuvent la trouver.
laure (toujours à part ainsi que sylvie). Ils sont dans l' appartement ; écoutons d'ici.
FÉLIX
Au moins, ingrate, au moins, vous ne pouvez nier...
LAURE
Il parle à une femme.
FÉLIX
Dans cette aventure, que vous êtes inconstante, légère, fausse, cruelle, perfide, trompeuse ; car quand on se voit face à face, on ne peut détromper un jaloux.
Marcelle (à part).
Ah ! je me sens perdue.
FÉLIX
Est-ce pour cela que vous étiez venue aujourd'hui chez moi ?
laure.
Ce doit être la femme qui était voilée, car il lui dit qu'elle est venue aujourd'hui chez lui.
FÉLIX
Vous êtes en mon pouvoir, voyez, s'il y a une excuse. Maudit soit le long temps où je vous ai aimée ! maudites les peines, les angoisses, que j'ai éprouvées, les tendresses que m'inspirait mon amour pour vous !
LAURE
N'entends-tu pas, qu'il avoue l'avoir aimée ? Qu'attend ma patience ?
SYLVIE
Où allez-vous ?
LAURE
Je ne sais, Sylvie, je suis hors de moi ! je vais l'écouter de plus près.
FÉLIX
Oh ! comme tu tardes avec la lumière !
HERRERA
Tout à l'heure, j'arrive.
MARCELLE
S'il apporte de la lumière, que vais-je devenir ?
FÉLIX
Vous ne dites rien ? mais, puisque vous êtes convaincue, qu'avez-vous à dire ? (// quitte la main de Marcelle, celle-ci s'éloigne, Laure, en s'approcha /if, vient se placer entre ¡es deux ; Félix lui prend la main, croyant qu'il tient Marcelle.)
Marcelle {à part).
Oh ! si je trouvais par où m'en aller, au moins je mettrais ma vie en sûreté.
FÉLIX
Arrêtez, ne fuyez pas. Je ne veux tirer de vou d'autre vengeance, que de vous apprendre que j sais tout.
laure (a part).
Il me prend pour l'autre. Je dois taire me
injures, jusqu'à ce qu'on apporte de la lumière, e
qu'il voie que c'est moi avec qui il se trouve.
Marcelle (à part).
Toute troublée que je suis, j'ai trouvé la porte de mon appartement ; que cet asile me sauve, car, par bonheur, la porte est ouverte.
SYLVIE
Êtes-vous Laure ?
MARCELLE
Je ne suis pas Laure. Est-ce toi, Sylvie ?
SYLVIE
C'est moi ; qu'est-ce que tout cela ?
MARCELLE
Des jeux de la fortune. Ferme cette porte, et viens avec moi, Sylvie, et vivement. Qu'attends-tu ? (Elles s'en vont, en fermant ¡aporte sur elles.)