‹ Théatre choisi de F.-A. DuvertChapitre 65 sur 199 · SCENE XII JULES, MONTIVON, AMÉLIE · texte numérisé non relu

SCENE XII JULES, MONTIVON, AMÉLIE

Uontivon a changé de gilet et d'habit. !

MONTIVON.

vertueux Dunand ! Si je n'étais pas dans Tétat où je suis, je voudrais vous serrer dans mes bras ; mais impossible ! je suis presque en dissolution; il n'y a que le côté gauche qui marche un peu.

JULES

Quoi ! monsieur Montivon, vous avez déjà déjeuné?...

MONTIVON.

Je n'ai pas faim... (Bas à juies.) Et puis je ne puis pas m'asseoir... je vous dirai pourquoi, ^aaut.) Charmante Amélie ! je suis touché jusqu'aux larmes de ce qu'il vient de vous dire... Vous consentez, n'est-ce pas? Oh ! dites-moi, dites-moi que vous consentez à ne pas retarder la cérémonie ; et vous pouvez ajouter tout bas : Je suis une femme idolâtrée !

AMÉLIE, avec intention.

Je ne veux qu'être aimée, Monsieur ; ce désir est d'autant plus sincère que, jusqu'à présent du moins, il n'a pas été exaucé.

MONTIVON, à part, après un moment de réflexion.

Je ne saisis pas à quoi elle veut faire allégorie, en me disant cela. Àh! imbécile que je suis !... Dans

Texcès de ma joie, j'oubHais de vous dire... J'arrive de récurie... Oui, j'ai voulu voir mon assassin manger -l'avoine (c'est une fort belle bête) : j'ai fait une trouvaille à la porte... une lettre...

JULES, à part.

Ma lettre, que j'aurai laissé tomber, en descendant de cheval.

MONTIVON.

Je l'ai mise dans ma poche... et la voici.

JULES, bas à MontWon.

Que faites-vous, monsieur Montivon? cette lettre...

Jules saisit mement le bras de Montivon pour l'empêcher de remettre la lettre à Amélie ; celui-ci jette un cri.de douleur.

MONTIVON.

Ho! holà!... (En riant d'un air douloureux.) Oh! mOU bOU

ami, parole d'honneur f vous m'avez fait un mal affreux !... Eh bien ! quoi ! cette lettre...

JULES, bas à Montivon.

Donnez- la-moi.

MONTIVON.

En voilà une jolie, par exemple ! Vous liriez une lettre qui n'est pas à votre adresse? Est-ce vous qui êtes mademoiselle Amélie Clémançot? Voilà toute la question. Êtes-vous mademoiselle Amélie Clémançot? Répondez franchement.

AMÉLIE

Quoi ! cette lettre ?

MONTIVON.

Vous est adressée, et quoiqu'elle ne soit pas cachetée, je vous prie de croire que je ne l'ai pas lue... La voici telle que la nature l'a produite...

Amélie prend la lettre.

JULES, àptrt.

Et c'est lui 1... Cet homme est marqué du sceau de la fataUté.

MOnnyoN, bu à jiii«t.

Vous avez eu de la peine à la décider, hein !

JULES

Je vous jure que jamais position ne fut plus embarrassante que la mienne.

AMÉLIE, regardant Utignttare.

De lui!... (Elle lit.) « Mademoiselle, jusqu'à présent « je vous ai caché mes sentiments, mais je ne puis « en contenir plus lontemps l'expression. Je vous « aime, je vous adore ! Au nom du ciel I faites tout « au monde pour rompre votre mariage avec ce « Montivon, ou je m'éloigne pour toujours.

« Selon votre réponse, au revoir ou adieu ! » Il m'aime ! et c'est M. Montivon qui me remet cette lettre...

MONTIVON, bas à Jules.

Elle a l'air drôle, dites donc !

JULES, atee eabarras.

Oui... il me semble...

AMÉLIE, souriant à HontiTon.

Je VOUS remercie, monsieur Montivon, de votre discrète attention ; je ne l'oublierai pas.

Elle fait une révérence.

MONTIVON, à pari, avec joie.

Elle ne l'oubliera pas!... Tout me sourit, mon ami, tout me sourit. (Lasaïuani.) Vous nous quittez? Je vous présente l'hommage empressé de mon respect.

Il jette on cri en saluant et porte la main à sa hanche.

AiB : Je reeonnai» ce militaire.

L*amour dans ses yeux étincelle.

JULES, à part.

Je tremble et de crainte et d^espoir 1

Bas à Amélie.

Je pars!... Adieu, Mademoiselle...

AMÉLIE

Au revoir, Messieurs 1

JULES, avec joie, à part.

Au revoir...

Au moment où Amélie ^a sortir, Jules la retient par la main, et lui dit à demi-Toii :

Non, de vous fuir^ Mademoiselle,

Le devoir mUmpose la loi ; Oubliez-la, cette lettre cruelle

Que l'on vous remit malgré moi, A mon rival engagez votre foi.

Amélie cherche à réprimer son émotion, et sort d'un air résigné.

MONTIVON.

L^amour dans ses yeux étincelle ; Ah ! pour moi, quel heureux espoir!

Elle est encor six fois plus belle Lorsqu'elle me dit : Au revoir !

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