IV
Le cavalier dans* le pas du Homard.
Il appuie les mains sur ses genoux et recule à petits pas; puis ii w redresse
pour achever le couplet.
Et ce genre-là c'est ce qu'on appelle :
Déi-chicando-flambatissimard.
MADAME DE KERKABIOO et JOCELYNE, très surprises.
PLUCUARD.
G h ican do- flambatissimard .
JOCELYNB.
Ah ! maman, quel mot !
PLUCHARD.
C'est un adjectif rive gauche, un enfant du onzième arrondissement... père inconnu... (Bas à KemeTel.)
Ce qui n'est pas sans exemple dans ce quartier-là.
KESNEYELj avec embarras et un peu d'humeur.
Mais, Monsieur...
PLUOEABD.
Oui, Monsieur, c'est ainsi que nos futurs magistrats préludent aux graves discussions du barreau.
ItADAME DE KEKKABIOlT.
Sainte Vierge ! serait-ce vrai, monsieur Kernevel?
KBRNEVEL, embarrasser
Madame... (a pan.) il me perd dans l'esprit de ces dames.
PLUCâÂBDi
Moi, je me connais, je suis faible, je me serais laissé entraîner, j'aurais gagné les chevrons d'étudiant de quinzième ou de vingtième année^.. (à Kcmevei) et, à rheùre qu'il est, je serais probablement uft animal insupportable... J'ai préféré quitter l'école.
UNE QUEUE ROUGE. 3i5
JOCBLYNB.
Âh! ahl ah! quelle drôle de figure fait monsieur Kernevel... Vous qui avez été vingt et un ans à obtenir votre diplôme d'avocat... est-ce que vous vous êtes reconnu?
KERNEYEL , cherchant à se doaner uue contenance.
Quelle supposition!...
MADAME DE KEBKABIOU.
Ma fille !
PLUCHARD.
Ah!* Monsieur... mille pardons, si j'avais su... que diable, aussi... on prévient...
KEKNEVEL, avec un peu de vivacité .
Monsieur, il y a des exceptions !
PLUCHABD.
C'est bien possible.
KERNEVEL, de même.
J'en suis la preuve.
PLUCHARD, le saluant.
J'en prends note.
KERNEVEL.
Mais... •'
Pluchard va pour lui répondre. MADAME DE KERKABIOU, les interrompant.
Assez, Messieurs! quelques soins me réclament... Monsieur Pluchard, nous reprendrons notre conversation sur ce que m'écrit votre oncle... venez passer la soirée avec nous.
Jocelyne s'est un peu éloignée en remontant.
PLUCHARD, avec contrainte.
Aujourd'hui, Madame... c'est impossible.
316 LNE QUEUE ROUGE.
MADAME DE KEBKABIOU.
Eh bien! demain; rious aurons le recteur et notre cousin le chanoine.
PLUCHABD, plus embarraMé.
Je suis désespéré... demain soir, une obHgation importante...
MADAME DE KEBKABIOU.
Et après-demain vous partez...
PTitrCHABD.
Oui.
MADAME DE KEBKABIOU.
Quelle contrariété I je gage que c'est votre oncle qui nous joue ce vilain tour ; il vous aura chargé de quelques affaires pour son négoce... (bis.) Mais je lui pardonne, en faveur des projets qu'il a conçus.
PLUCHABD.
Quoi !
MADAME DE KEBKABIOU, à demi-Yoix.
Restez dans ce salon quelques instants, je vais pressentir Jocelyne... car j'entends lui laisser toute liberté et je vous l'envoie.
PLUCHABD, à part.
Seul avec elle! grand Dieu I
JOCELYNE, qui est reTenue près de sa mère, à part.
Que se passe-t-il donc?
KEBNEVEL, à part; il n'a pas cessé d'eiaiuiner Pluchard.
Bien sûr je le connais, j'ai encore sa voix dans l'oreille.
MADAME DE KEBKABIOU.
Venez, ma fille!... (saluant.) Messieurs...
AiB : Â.h! ce mot fatal me révèle.
ENSEMBLE
MADAME DE KERKABTOU.
J'ai bon espoir et dans mon âme Je crois déjà qu'il est aimé.
Oui) ma fille sera sa femme, Ce doux hymen sera formé.
De quel espoir, de quelle flamme Ici je me sens animé !
Quoi, je pourrais toucher son âme, Moi» si peu fait pour être aimé !
KERNEVEL.
Je voyais accueillir ma flamme, Déjà je me croyais aimé.
Renfermons au fond de mon âme Le projet que j'avais formé.
JOCELYNE.
Je ne sais, au fond de son àme, ! Quel projet ma mère a formé ; : Mais mon cœur, oui, tout le proclame,
N'a pas lieu d'en être alarmé.
Madame de Kerkabiou et Jocelyne sortent par la gauche ; elles emportent
leurs bouquets.