SCÈNE X
DURANDIN, NATHALIE, COTILLARD, caché.
DUEANnm.
Entrez, belle enfant; Madame ne peut pas tarder à revenir.
NATHALIE
Âh ben! je suis joliment vexée de ça, par exemple I
Moi^ pasi puisque cela vous force à l'attendre... ehlehl
Il 86 frotte les mains.
NATHALIE
Cest joliment galant, ce que vous me dites là, sa^» vez-vous7
DURANDIN
C*est encore plus sincëre.
Tiens ! tiens I
COTILLABD, entr'outrant l'armoire.
Nathalie! mon ancienne!
Il referme l'armoire.
NATHALIE
Vous êtes le papa à cette dame?
DURANDIN
Nullement.
NATHALIE
Son domestique, alors?
DURANDIN
Comment, son domestique?
NATHALIE
Dame! Est-ce que je sais, moi?
DURANDIN
Je suis... le... petit cousin de la dame qui vous a fait demander, et vous comprenez combien je suis heureux de la remplacer... auprès d'une si jolie femme.
' NATHALIE
Comment, la remplacer? Mais nous ne faisons pas de chapeaux d*homme.
OOTILLABD, entr'omraQt l'armoire.
Elle vient ici avec un rhinocéros I ah I
Il referme Tarmoire avec indig^nation.
DURANDIN
Non, mais je dis que vous êtes si jolie... que vous avezTair si...
NATHALIE
Si quoi ?
DUBANDIN, cherchaat son expression.
Si... jolie... que je vous trouve... ma foi...
NATHALIE, d'un air railleur.
Vous me trouvez?...
DUBANDIN, avec aplomb.
Jolie.
NATHALIE
Ah ben ! vous n'aurez qu'un sou ! vous dites toujours la même chose.
DUBANDIN, à lui-même.
Je n'aurai qu'un sou ! elle est charmante ! (D'un air galant.) Nous avous l'habitude d'entendre des galanteries, n'est-ce pas, petite mère ?
NATHALIE*
Bien sûr que je ne vous ai pas attendu pour ça, moucher!
COTILLABD, entr'ouTraat l'armoire.
Elle l'appelle son cher ! ... oh !
Il referme Tarmoire.
DUEANDIN.
Vous devez avoir faim ?
NATHALIE
Non, j'ai pris mon café ce matin avec ces demoiselles, mais j'ai gobé tant de poussière en route que j'ai \2iptpie, parole d'honneur!
DUEANDIN, à part.
J'aime ce langage naïf: elle a X^piptel
COTILLABD, ouyrant l'armoire.
Moi qui la croyais si sobre!... elle va gobelotter avec ce buffle ?... Ah !
Il referme la porte.
DUBANDIN.
En attendant Madame, vous allez déjeuner là, sans façons... n'est-ce pas?
NATHALIE
Par exemple I je ne déjeune pas comme ça avec des personnes, sans savoir...
DTTRANDIN.
On peut accepter ça d*un ami. Nous sommes de vieilles connaissances!...
NATHALIE, le regardant aveo attention.
Eh! mais... attendez donc! Il me semble que je vous remets. C'est vous qui se promène quelquefois sur le trottoir?...
DURANDIN
Moi-même ! Vous m'avez remarqué ?. . . doux aveu!
NATHALIE
Ah! sapristi! je me disais aussi : V'ià une tête que j'ai vue sur les épaules de quelqu'un.
DUKANDIN.
C'était sur les miennes. Je pourrais dissimuler, mais... c'était sur les miennes.
NATHALIE
Et pourquoi donc, mon Dieu?
DURANDIN, à lui-même.
Elle m'appelle son Dieu!
NATHALIE
Pourquoi donc que vous restez comme ça des heures à flagorner dans la rue?
DURANDIN
Pourquoi? vous me demandez pourquoi?... Mais mettons-nous à table. Une aile de poulet, ça ne se
refuse pas. (Regardant sur la table.) TicUS ! UUC OmclcttC !...
Moi, qui avais recommandé... (a. Nathalie.) Mais c'est égal... à la campagne... en usez-vous?
NATHALIE
Merci! l'omelette et moi, nous ne pouvons pas nous sQufiFrir... D'ailleurs, je n'ai pas faim.
DUEANDIN, à part.
Sotte de Rose !
Ils s'asseoient devant la table, Durandin trèi-rapprocbé dQ Nathalie*
NATHALIE
Comme on se retrouve! Ces demoiselles vous appellent le patapouf.
DUEANDIN, un peu déconcerté.
Ah !... J'aimerais mieux une autre dénomination, mais, enfin... Vous me demandiez pourquoi je me promène quelquefois sur votre trottoir... Parce que je me suis dit : Voilà une jeune personne charmante ; je suis sûr qu'elle n'est pas appréciée dans son magasin... elle ne Test pas!
NATHALIE
Ah ! c'est bien vrai, ça ! Madame est si exigeante !
dubandin.
Là ! voyez-vous? On lui fait faire des courses...
NATHALIE
Toute la journée.
DUBANDIN.
On expose sa vertu à des rencontres... quelquefois dangereuses.
NATHALIE
Pas plus tard qu'hier, j'ai été suivie, dans la rue de Rivoli, par un être qui m'a dit des choses... ahl... à faire dresser les cheveux... d'un cheval.
DTJRANDIN.
Vous voyez bien ! Aussi je me suis dit : Si cette pauvre jeune personne, qui a l'air si modeste, si distingué, car je suis sûr que vous êtes d'une famille distinguée...
NATHALIE
Mon père est bedeau à Luzarches.
DUBANDIN.
Je le pensais! Aussi je me disais : Si cette jeune personne, dont le papa doit être bedeau à Luzarches, avait un magasin à elle, qui lui appartint, elle ne sor* tirait plus ainsi, elle ne serait plus exposée à des avanies.
NATHALIE, soupiraot.
Je trouverais à me marier... mais... l'argent,. .
DUBANDIN, d'un air confidentiel.
L'argent ne vous manquera pas.
NATHALIE
Comment ça?
DURANDIN
Je veux... vous aider dans votre établissement,
NATHALIE, étonnée.
Ah bah !
COTILLABD, indigné, entr'ouvrant l'armoire.
Si je m'écoutais, je sauterais sur lui !
DURANDIN
Oui, je veux que vous soyez heureuse, bien heureuse.
COTILLABD, refermant Tarmoire.
Mais il se défendrait, le vieux singe I