‹ Théâtre choisi de F.-A. DuvertChapitre 187 sur 197 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

DURANDIN, NATHALIE, COTILLARD, caché.

DUEANnm.

Entrez, belle enfant; Madame ne peut pas tarder à revenir.

NATHALIE

Âh ben! je suis joliment vexée de ça, par exemple I

Moi^ pasi puisque cela vous force à l'attendre... ehlehl

Il 86 frotte les mains.

NATHALIE

Cest joliment galant, ce que vous me dites là, sa^» vez-vous7

DURANDIN

C*est encore plus sincëre.

Tiens ! tiens I

COTILLABD, entr'outrant l'armoire.

Nathalie! mon ancienne!

Il referme l'armoire.

NATHALIE

Vous êtes le papa à cette dame?

DURANDIN

Nullement.

NATHALIE

Son domestique, alors?

DURANDIN

Comment, son domestique?

NATHALIE

Dame! Est-ce que je sais, moi?

DURANDIN

Je suis... le... petit cousin de la dame qui vous a fait demander, et vous comprenez combien je suis heureux de la remplacer... auprès d'une si jolie femme.

' NATHALIE

Comment, la remplacer? Mais nous ne faisons pas de chapeaux d*homme.

OOTILLABD, entr'omraQt l'armoire.

Elle vient ici avec un rhinocéros I ah I

Il referme Tarmoire avec indig^nation.

DURANDIN

Non, mais je dis que vous êtes si jolie... que vous avezTair si...

NATHALIE

Si quoi ?

DUBANDIN, cherchaat son expression.

Si... jolie... que je vous trouve... ma foi...

NATHALIE, d'un air railleur.

Vous me trouvez?...

DUBANDIN, avec aplomb.

Jolie.

NATHALIE

Ah ben ! vous n'aurez qu'un sou ! vous dites toujours la même chose.

DUBANDIN, à lui-même.

Je n'aurai qu'un sou ! elle est charmante ! (D'un air galant.) Nous avous l'habitude d'entendre des galanteries, n'est-ce pas, petite mère ?

NATHALIE*

Bien sûr que je ne vous ai pas attendu pour ça, moucher!

COTILLABD, entr'ouTraat l'armoire.

Elle l'appelle son cher ! ... oh !

Il referme Tarmoire.

DUEANDIN.

Vous devez avoir faim ?

NATHALIE

Non, j'ai pris mon café ce matin avec ces demoiselles, mais j'ai gobé tant de poussière en route que j'ai \2iptpie, parole d'honneur!

DUEANDIN, à part.

J'aime ce langage naïf: elle a X^piptel

COTILLABD, ouyrant l'armoire.

Moi qui la croyais si sobre!... elle va gobelotter avec ce buffle ?... Ah !

Il referme la porte.

DUBANDIN.

En attendant Madame, vous allez déjeuner là, sans façons... n'est-ce pas?

NATHALIE

Par exemple I je ne déjeune pas comme ça avec des personnes, sans savoir...

DTTRANDIN.

On peut accepter ça d*un ami. Nous sommes de vieilles connaissances!...

NATHALIE, le regardant aveo attention.

Eh! mais... attendez donc! Il me semble que je vous remets. C'est vous qui se promène quelquefois sur le trottoir?...

DURANDIN

Moi-même ! Vous m'avez remarqué ?. . . doux aveu!

NATHALIE

Ah! sapristi! je me disais aussi : V'ià une tête que j'ai vue sur les épaules de quelqu'un.

DUKANDIN.

C'était sur les miennes. Je pourrais dissimuler, mais... c'était sur les miennes.

NATHALIE

Et pourquoi donc, mon Dieu?

DURANDIN, à lui-même.

Elle m'appelle son Dieu!

NATHALIE

Pourquoi donc que vous restez comme ça des heures à flagorner dans la rue?

DURANDIN

Pourquoi? vous me demandez pourquoi?... Mais mettons-nous à table. Une aile de poulet, ça ne se

refuse pas. (Regardant sur la table.) TicUS ! UUC OmclcttC !...

Moi, qui avais recommandé... (a. Nathalie.) Mais c'est égal... à la campagne... en usez-vous?

NATHALIE

Merci! l'omelette et moi, nous ne pouvons pas nous sQufiFrir... D'ailleurs, je n'ai pas faim.

DUEANDIN, à part.

Sotte de Rose !

Ils s'asseoient devant la table, Durandin trèi-rapprocbé dQ Nathalie*

NATHALIE

Comme on se retrouve! Ces demoiselles vous appellent le patapouf.

DUEANDIN, un peu déconcerté.

Ah !... J'aimerais mieux une autre dénomination, mais, enfin... Vous me demandiez pourquoi je me promène quelquefois sur votre trottoir... Parce que je me suis dit : Voilà une jeune personne charmante ; je suis sûr qu'elle n'est pas appréciée dans son magasin... elle ne Test pas!

NATHALIE

Ah ! c'est bien vrai, ça ! Madame est si exigeante !

dubandin.

Là ! voyez-vous? On lui fait faire des courses...

NATHALIE

Toute la journée.

DUBANDIN.

On expose sa vertu à des rencontres... quelquefois dangereuses.

NATHALIE

Pas plus tard qu'hier, j'ai été suivie, dans la rue de Rivoli, par un être qui m'a dit des choses... ahl... à faire dresser les cheveux... d'un cheval.

DTJRANDIN.

Vous voyez bien ! Aussi je me suis dit : Si cette pauvre jeune personne, qui a l'air si modeste, si distingué, car je suis sûr que vous êtes d'une famille distinguée...

NATHALIE

Mon père est bedeau à Luzarches.

DUBANDIN.

Je le pensais! Aussi je me disais : Si cette jeune personne, dont le papa doit être bedeau à Luzarches, avait un magasin à elle, qui lui appartint, elle ne sor* tirait plus ainsi, elle ne serait plus exposée à des avanies.

NATHALIE, soupiraot.

Je trouverais à me marier... mais... l'argent,. .

DUBANDIN, d'un air confidentiel.

L'argent ne vous manquera pas.

NATHALIE

Comment ça?

DURANDIN

Je veux... vous aider dans votre établissement,

NATHALIE, étonnée.

Ah bah !

COTILLABD, indigné, entr'ouvrant l'armoire.

Si je m'écoutais, je sauterais sur lui !

DURANDIN

Oui, je veux que vous soyez heureuse, bien heureuse.

COTILLABD, refermant Tarmoire.

Mais il se défendrait, le vieux singe I

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