SCENE PREMIERE
SYRA, SYROÉS.
Syra.
QUOY ! vous, contre mon fils ! vous, son indigne frère ! Vous insolent!
Syroés.
Madame, un peu moins de colère !
Syra.
Et me comprendre encor dans vostre différend!
Syroés.
Je vous honore en reine, et l'estime en parent. Mais, s'il forge un fantosme, afin de le combattre...
Je sçauray bien, perfide...
i86 COSROES.
Syroés.
Ha! cruelle marastre !
Syra.
A qui luy desplaira faire perdre le jour, Et contre qui le hayt luy monstrer mon amour.
Syroés.
Madame, quand le sang, qui me le rend si proche, Ne me laveroit pas d'un semblable reproche, Pour sçavoir à quel point je le dois respecter, Il suffit de l'amour qu'on vous luy voit porter. Il suffit qu'en ce fils nous voyons vostre image, Et que nous ne pouvons luy rendre assez d'hommage ; De ces raisons aussi me faisant une loy, J'ay pour luy le respect qu'il deust avoir pour moy.
Syra.
Luy, pour vous!
Syroés.
Oûy, pour moy ! L'humeur où je vous treuve Fait de ma patience une trop rude espreuve; Et Vostre Majesté, parlant sans passion, Loûeroit ma retenue et ma discrétion ; Mon père est Cosroës, ma mère fut princesse, Et le degré de l'âge, et le droict de l'aisnesse. Et ce que pour l'Estat j'ay versé de mon sang. Sur luy, sans vanité, m'acquièrent quelque rang, Et mettent entre nous assez de différence Pour devoir l'obliger à quelque déférence. Mais, Madame, cessons cet indigne entretien.
Syra.
Comparez-vous le sang d'Abdenede et le mien !
Je sçay que sa naissance, à la vostre inégale,