‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 135 sur 183 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Ne se peut pas vanter d'une tige royale, Et qu'avant que la Perse obéît à vos loix, Vous estiez desja sœur, fille et veufve de rois. Mais, enfin, devantvous, vous sçavezque ma mère Possedoit la puissance et le cœur de mon père; Et cet honneur, sans doute, est le plus glorieux Qui sur vous, aujourd'huy, fasse jetter les yeux.

Syra.

Quand il m'a partagé l'éclat qui l'environne, J'ay dans son alliance apporté ma couronne; J'en acheptay chez luy le degré que j'y tiens; Et j'ay, comme mes jours, joint mes Estats aux siens; Je luy deus sembler belle avec un diadesme. Abdenede, avec luy, n'apporta qu'elle-mesme ; Et le trésor encor n'estoit pas de grand prix.

Syroés.

Il faut bien du respect à souffrir vos mespris !

Syra.

Vous vous plaindrez encor après vostre insolence!

Syroés.

Vous ne sçauriez parler qu'avecques violence! Cette fureur sied mal au rang que vous tenez

Syra.

Il sied bien de ranger des esprits mutinez; J'ay raison de vanger mon sang de vos outrages. Et gardez de me faire esclaircir vos ombrages.

Syroés.

Je sçay qu'il ne lient pas à chocquer mon crédit Que l'espoir de l'Estat ne me soit interdit, Et que, si contre moy mon père vous escoute, Ma ruine bien-tost esclaircira mon doute; Par le bien qu'il vous veut, sur qui vous vous fiez.

i88 COSROES.

Vostre fils sur le trosne a desja l'un des pieds,

Et bien-tost par vostre ayde il y porteroit l'autre,

Si son ambition respondoit à la vostre;

Mais dans ce grand projet, à quay vous l'occupez,

Il prévoit le péril des trosnes usurpez;

A leurs superbes pieds il voit des précipices.

Et sçait que des tyrans on fait des sacrifices;

Il sçait qu'il est au Ciel un maistre souverain

Qui leur oste ayseinent le sceptre de la main,

Et dont le foudre est fait pour ce genre de crimes,

Pour tomber en faveur des princes légitimes.

Le crime luy plairoit, mais la punition

Luy fait fermer l'oreille à vostre ambition.

Syra.

C'est bien vous déclarer et nous jurer la guerre Que de nous menacer du Ciel et de la terre ; Nous verrons quel effet nous en succédera. Mais je periray, traistre, ou mon fils régnera.

[S'en allant, elle rencontre Mardesane et s'arreste. Syroés, touchant son espée, dit hautement : Il faut donc que ce fer me devienne inutile, Ce cœur sans sentiment, et ce bras immobile !

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