‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 136 sur 183 · ACTE I. SCENE li · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE li

Syroés.

J'y poitois la main, mais sans aucune envie. Que...

Syra, s'en allant furieuse.

Que de, simplement, attenter sur ma vie. Syroés.

Soleil, pour qui nos cœurs n'ont point d'obscurité, Juge et tesmoin commun, tu sçais la vérité; Et tu la soustiens trop, pour laisser impunie Une si détestable et noire calomnie.

Mardesane.

Estois-je le sujet de vostre différend?

Syroés.

Elle m'entretenoit des soins qu'elle vous rend. Qui dessus vostre front vont mettre la couronne.

Mardesane.

Vous peut-on despoiiiller du droit qui vous la donne?

Syroés.

Je luy monstrois ce fer comme mon deffenseur, Si, vivant, j'en voyois un autre possesseur.

Mardesane, N'estions-nous pas d'accord touchant cette querelle?

Syroés.

Je i'estois avec vous, mais non pas avec elle; Et son ambition, si son crédit n'est vain, Vous mettra malgré vous le sceptre dans la main; Mais ne souhaitez pas qu'elle vous réussisse; Elle ne vous peut rendre un plus mauvais office , Et je fais plus pour vous de vous en destourner Qu'elle de vous l'offrir et de vous couronner.

Vous inquietez-vous du zèle d'une mère

iço COSROES.

Qui de ce vain espoir ayme à se satisfaire?

Laissez-la se flatter de ces illusions,

Se plaire à se forger de belles visions,

A nourrir un beau songe, et, l'en laissant séduire,

Mocquez-vous d'un dessein qui ne peut rien produire.

Et, vous en reposant sur ce que je vous doy,

En elle respectez la passion du roy ;

Espargnez sa furie et l'ennuy qui l'accable,

Qui de tout autre soing le rendent incapable ,

Et font qu'en son chagrin tout l'irrite et luy nuit.

Syroés.

J'ay pour luy des respects dont j'obtiens peu de fruit; Mais que j'acquière enfin son amour ou sa hayne, Il faut laisser agir le crédit de la reyne, Et prendre advis du temps et des événements.

Mardesane.

Vous gardés vos soupçons, et moy, mes sentiments. Et j'estime trop peu l'éclat d'une couronne Pour me gesner l'esprit du soing qu'elle vous donne: Ce n'est qu'un joug pompeux, le repos m'est plus doux.

Syroés.

Vous n'avez rien à faire, on travaille pour vous. Et vous pouvez juger si l'empire a des charmes Par ceux que vous treuvez à commander nos armes; Ce baston, que le roy vous a mis à la main, Desja sur les soldats vous a fait souverain; Mais, quand un peu de temps vous aura fait connaistre Par son authorité le plaisir d'estre maistre Et de voir sous ses loix tout un Estât rangé. Il vous plaira bien mieux en un sceptre changé, Et l'essay que par luy vous ferez de l'empire Vous conduira sans peine où vostre mère aspire;

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